Guerrière

Au coeur d'un mouvement néo-nazi en Allemagne.

Marisa, 20 ans, fait partie d’un gang de néo-nazis au nord de l’Allemagne. Tatouée de swastikas, le crâne rasé, elle déteste les étrangers, les juifs, les noirs et les flics, à ses yeux tous coupables du déclin de son pays et de la médiocrité de son existence.

Manifestations de haine, violence et beuveries rythment son quotidien, jusqu’à l’arrivée en ville d’un réfugié afghan et l’irruption dans son gang d’une adolescente de 14 ans. Ces nouveaux venus mettent à mal le fanatisme de Marisa…

"Guerrière" est le premier long métrage de David Wnendt. Le réalisateur a commencé à travailler sur ce projet à la fin de ses études, après avoir réalisé plusieurs courts métrages. Son film a déjà été récompensé à la cérémonie des Lolas par les prix du Meilleur Scénario, de la Meilleure interprétation féminine, et du Lola de Bronze du Meilleur Film en 2012. La jeune comédienne Alina Levshin (à 26 ans, l'actrice germano-ukrainienne signe ici son deuxième long métrage, après avoir surtout joué dans des séries télévisées et des téléfilms en Allemagne depuis le début de sa carrière en 2009). a également été primée lors du Festival du Film de São Paulo la même année.

Avec le personnage de Marisa, le réalisateur s'est intéressé à la place des femmes dans le milieu néo-nazi et aux contradictions qu'elles soulèvent. Cette question l'avait interpelé lors de précédents travaux de recherches qui lui ont donné l'idée du film : "Très vite je me suis focalisé sur le sujet des femmes dans cette scène néo-nazie. De plus en plus de femmes y sont actives, mais l’idéologie est extrêmement misogyne. C’est cette contradiction qui rend ces femmes particulièrement intrigantes, et plus j’apprenais sur elles, plus elles m’intéressaient", raconte le réalisateur.

David Wnendt a dû se mêler au milieu néo-nazi pour recueillir des informations et des témoignages précieux pour son film : "J’ai pris plusieurs chemins pour y accéder : participer à des manifestations, passer du temps dans des clubs de jeunesse d’extrême-droite, et surtout, établir des contacts avec des femmes du milieu de l’extrême-droite sur internet", se rappelle le cinéaste, en précisant : "Il existe des plateformes, des sites sur internet où elles se connectent, elles créent un profil pour chercher un partenaire. C’est à travers ces sites que j’ai pu contacter beaucoup de jeunes femmes, et après beaucoup de travail pour les convaincre, j’ai pu en rencontrer quelques-unes qui étaient d’accord pour me raconter leurs vies."

Par son refus de compromission avec ce qu'il dénonce, "Guerrière" est un remarquable portrait de filles entre fureur, sueur et sang. En choisissant de raconter le parcours initiatique d'une "héroïne" parmi les brutes, David Wnendt creuse un angle inédit de la représentation des néonazis à l'écran. David Wnendt réussit une plongée inqiuétante et réaliste dans l'univers des bandes de certaines provinces allemandes, servie par la beauté tendue et l'interprétation poignante jusqu'au bout d'Alina Levshin.

David Wnendt, dont c'est le premier film, tape dur et juste d'un point de vue politique. Le film a une force peu commune, et le sujet est passionnant. C'est de la fiction, certes, mais proche de la réalité. Le ventre est encore fécond... Faire un crochet (intellectuel) par l'extrême-droite avec "Guerrière", film "coup de poing", nous plonge au coeur du mouvement néo-nazi allemand avec son racisme, sa violence, ses ratonnades... Le constat n'en est que plus troublant, notamment lorsqu'on songe à ce qu'on voit poindre ici et là en Europe, notamment en Grèce (Aube Dorée) et en Hongrie.

Toutefois, outre l'étude de l'aspect "féminin" de ce type de mouvement néo-nazi, qui est un point de vue tout à fait inédit, le film ne nous apprend pas grand chose de nouveau, et malgré ses ambitions de départ, la pertinence de son propos, et l'excellente performance d'Alina Levshin dans le rôle titre, le film peine à dépasser un certain manichéisme de son scénario et les clichés du genre. Mais sa vertu didactique n'en reste pas moins pertinente.