The Future

Le temps politique...

Juste au moment où Didou publie sur sa page FaceBook une image "No Future", je rédige cette petite chronique. Les grands esprits se recontreraient donc réellement ?

Allez savoir pourquoi, lorsque j'ai vu cette photographie sur internet, je n'ai pas songé à "mon" futur, à notre avenir commun, mais au temps politique. Il y a dû y avoir une sorte d'association d'idées entre ce qui se disait à la radio (c'était à propos des soubresauts - justifiés - que provoque la déclaration de François Fillon, dans son camp et au-delà, mettant sur le même plan le sectarisme du FN et celui du PS) et ce que je regardais sur mon ordinateur.

Bref, voilà trois fois que j'écoute successivement des analystes/commentateurs politiques (un économiste, un politologue, un sociologue) et ce sur trois chaînes de TV différentes (France 2, France 5, Arte), avec d'après ce que j'ai compris, plutôt trois orientations politiques différentes, pensant que le prochain quinquennat, celui de 2017-2022, sera une espèce de "promenade", grâce au ou à cause du, c'est selon, travail réformiste de François Hollande et de son gouvernement.

Alors que pour moi, fondamentalement, aucun gouvernement n'est suffisamment "de gauche", parce que non suffisamment axé sur les principes d'égalité et de fraternité, et donc de partage des richesses, je ne me soustrais pas à écouter les appréciations des uns et des autres.

Je pense qu'on nous surjoue le problème du déficit et de la dette (les taux d'emprunt restent très bas), qu'on nous impose inutilement une période trop sévère et violente de rigueur/austérité dans toute l'UE (car non étalée dans le temps), parce que cette UE n'est plus qu'une espèce de super-Allemagne tandis que l'€ n'est qu'une espèce de super-Deutsche Mark, par la volonté d'une Angela Merkel qui affirme sa mainmise sur la BCE et sa satisfation à voir les exfiltrés de Goldman Sachs partout, avec le secret espoir de se tourner vers l'est et de laisser le "club med" dans ses difficultés. Auquel cas son manque de solidarité se paiera très cher, à cause de sa pitoyable démographie.

Oui mais voilà, qu'ils émargent du côté de la République des Idées, de Marcel Gauchet et Jacques Rancière, ou d'Alain Badiou, chacun constate que le "déficit structurel" de la France est à seulement 0,5%, le reste n'étant qu'un déficit conjoncturel. Ce qui revient à dire, quand on regarde le moyen terme, que le supposé "ras-le-bol fiscal", les échéances municipales, le projet de réforme des retraites, le projet de réforme pénale, les échéances européennes, etc... n'ont pas grand chose d'essentiel.

En revanche, un François Fillon qui se rangerait du côté de la Droite Forte et de la Droite Décomplexée - après s'être revendiqué gaulliste et séguiniste à chaque fois qu'il l'ouvrait ! - ce serait plus important, puisque cela pourrait redessiner le scrutin présidentiel de 2017, sauf si Alain Juppé devenait le maître du jeu à l'UMP, parti qu'il a créé.

On voit bien - en tout cas, moi je vois bien - que si François Fillon persite sur cette ligne, même s'il ne vise qu'à se rallier les militants UMP pour être certain de gagner les primaires de droite en 2016, il fait du FN et de l'UDI des alliés politiques objectifs : chacun souhaitant l'éclatement de l'UMP, le FN récupérant sur sa droite, l'UDI récupérant sur sa gauche.

Je sais bien aussi, puisque le quinquennat à venir semble s'annoncer sous de bons auspices - ou au moins de meilleurs auspices, et en encore une fois, à quel prix ! - que les deux tours de scrutin auront des enjeux très particuliers. Pourquoi laisser à la droite les fruits du quinquennat actuel, alors qu'elle n'a rien fait d'utile pour le pays de 2002 à 2012 ? Même sa réforme des retraites qui devait valoir au moins jusqu'en 2018 n'a pas tenu la route plus de deux ans ! Le reste n'a été que casse et destruction, que dérive vers le communautarisme, que haines et désignations de boucs émissaires, que mépris pour les institutions et les corps intermédiaires, tout ça au seul profit d'une caste instaurant un régime de castes, en mimant hypocritement un grand intérêt pour les "classes moyennes" (l'archétype de ce discours revenant à Wauquiez).

Le futur serait à la prochaine sortie, comme il est écrit sur la photographie. Cette sortie il faut probablement l'envisager en deux temps : celui de 2015 où il nous faut espérer engranger enfin le fruit de nos efforts, en premier lieu par une baisse du chômage et donc une augmentation du pouvoir d'achat pour les plus démunis d'entre nous, et ensuite celui de 2017 par une création de richesses accrue qu'il faudrait équitablement distribuer.

Ce ne sera pas facile, d'autant que je ne suis pas le seul à sérieusement envisager déjà un vote de premier tour, à défaut d'être pour le PCF, pour le FdG. Sauf évidemment à entrevoir sérieusement et sans hystérie un bis repetita d'avril 2002. L'idéal étant, comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, pour que la France se regarde enfin bien droit dans les yeux, un second tour avec la configuration PS/FN, avec un PS qui vaincrait, non pas avec 82% comme Jacques Chirac, mais avec entre 55% et 60% pour que l'UMP mesure enfin les conséquences de ses discours et de ses actes, si cela n'a pas été fait sincèrement avant.

Le futur serait à la prochaine sortie, comme il est écrit sur la photographie. Et s'il s'agissait de la sortie de la gauche, au profit de 10 ans de droite ? Quid alors de nos efforts, de nos sacrifices ? Pour qui les fruits de ce difficile quinquennat ? Pour quelles classes sociales ? Quid de la jeunesse qui perdrait tout au profit des vieux ?

Il y aura une sortie. Une sortie de crise. Il nous faut l'envisager aussi sérieusement que la crise elle-même, aussi gravement. François Hollande et son gouvernement - avec l'héritage calamiteux qu'il aura reçu, c'est indéniable - n'auront pas été suffisamment "sociaux" à mes yeux (même si pour avoir un avis définitif sur le sujet, il faut les laisser aller au terme de leur quinquennat, j'en ai bien conscience), auront ourdi avec la "boîte à outils", et aidé par un contexte économique international favorable, l'essentiel de cette probable sortie crise. 

Faudra-t-il alors se laisser aller à la seule expression de nos mécontentement (pour certains pleinement justifiés) ? Faudra-t-il rester froid et mesurer objectivement le chemin accompli depuis le désastreux quinquennat Sarkozy ? Trouvera-t-on les mots pour faire en sorte que les efforts et les sacrifices n'aillent pas au-delà de 2017 et que le PS se "gauchise" effectivement ? Pourrons-nous endiguer les conséquence d'un éventuel éclatement de l'UMP et d'un reforcement de l'UMP ? Saura-t-on dire la vacuité de la démocration d'opinion dont les sondages sont la bible ? Aurons-nous la force de contester l' "opinion publique" contaminée par la propagande des TF1, BFM TV, RTL, Europe 1, Le Figaro, Valeurs Actuelles, etc...? Saurons-nous imposer un renouvellement idéologique, au profit d'alternatives économiques et au détriment des poncifs de la vieille social-démocratie ? Aurons-nous le courage de dessiner un futur collectif plus fraternel ?

Le futur sera à la prochaine sortie, comme il est écrit sur la photographie. Mais nous serons très peu à vouloir pétrir intelligemment la pâte qui le construira. Vouloir faire partie de la brigade de ces modestes cuisiniers du futur est le meilleur acte citoyen que je puisse envisager aujourd'hui.