MUD

L'amour, ce difficile parcours initiatique.

Ellis (Tye Sheridan, magnifique, qui fut précédemment le fils de Brad Pitt dans "The Tree of Life" de Terrence Malik) et Neckbone (Jacob Lofland, tout en délicatesse), 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi.

C’est Mud (Matthew McConaughey) : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en son amour pour Juniper (Reese Witherspoon, parfaite dans un rôle très difficile), une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents.

Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qu'en est-il donc exactement cette mystérieuse Juniper à l'amour indéfectible supposé qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

Les échos et commentaires qui nous parvenaient lors du dernier Festival de Cannes à propos de "Mud" étaient loin d'être unanimes, mais j'avais tellement aimé "Shotgun Stories" (2007, à voir absolument), puis dans une moindre mesure "Take Shelter" (2011), que j'attendais avec impatience sa sortie sur les écrans français. Mon attente n'est pas déçue, et loin s'en faut.

Le scénario de "Mud" est constitué d'histoires parallèles dont la clé de voûte est le personnage du jeune Ellis. Le chassé-croisé de ces histoires tourne autour des thèmes de l'amour et de sa mythologie, du rite initiatique à travers la déception amoureuse et de la figure du mentor qui revient de manière récurrente entre les personnage de Mud (Matthew McConaughey), Senior (Ray McKinnon), Tom (Sam Shepard, sublime de mystère et de paternité enfouie) et même de Galen (Michael Shannon), autant de figures de la virilité et de masculinité.

Mud - Sheridan et Lofland

La grâce bouleversante du film est dans la clarté de son geste ; dans le classicisme enveloppant de la mise en scène ; dans sa photographie, derrière laquelle se cache Adam Stone, très contemplative et très authentique, un peu à la manière d'un Terrence Malick ; dans la qualité irréprochable de son interprétation, dans son rythme lent comme le flux du fleuve Mississippi (la caméra est très fluide, elle vogue au rythme du fleuve qui coule à une vitesse de 5 km/h et est le plus sinueux au monde, et lorsque l’on navigue dessus, on ne voit pas où l’on va) ; dans son attachement à une Americana que Jeff Nichols filme tel un éden enfoui. Le cinéma de Nichols est du côté du pacte et de l'engagement et sa mise en scène y puise, par-delà une certaine pureté romantique, le lyrisme sourd et la sombre gravité des plus beaux récits sur l'enfance. 

Avec en toile de fond une Amérique profonde incroyablement cinégénique, "Mud" s'impose comme le meilleur film à hauteur d'enfant-adolescent vu depuis longtemps. Une fable bouleversante sur l'amour, l'enfance, l'adolescence, et le sud des États-Unis, qui fait indéniablement référence à Mark Twain ("Les Aventures de Tom Sawyer" et "Les Aventures de Huckleberry Finn") comme au magnifique "Stand by me" de Rob Reiner.