Homophobie tue

... via l'alcool et et les cigarettes !

Non, je ne vais pas m'avancer immédiatement sur un terrain sociologique et politique ! Je vais d'abord en passer par celui de la santé publique.

Par rapport à la moyenne, les jeunes homosexuel-le-s et bisexuel-le-s sont deux fois plus susceptibles de fumer et de boire de l'alcool avec excès. C'est la conclusion d'une étude publiée dans le "British Medical Hournal", impliquant cinq université britanniques et concernant un échantillon représentatif de 7600 jeunes - personnes suivies depuis l'âge de 13-14 ans jusqu'à celui de 18-19 ans.

Selon le docteur Gareth Hagger-Johnson, coordonnateur de l'étude, ce "comportement à risques" résulterait d'un "stress de minorité" dû à l'anxiété et la dépression qu'entraînent "l'homophobie et l'hétérosexisme".

(Source : Le NouvelObs du 5 septembre 2013).

Et maintenant, il me faut bien en revenir au terrain politique. Attention, je ne veux établir aucune comparaison sur les faits, mais dessiner une possible similitude de raisonnements.

Il a été prouvé aux USA que si l'on faisait mine de lutter contre les trafics de drogues, c'est qu'en fait ils sont bien utile ces trafics - selon certains - et qu'il convient de les laisser proliférer dans certains quartiers précis, là où la population est noire, parce que ça les maintient dans la délinquance, parce que cela permet de justifier les discours et des politiques sécuritaires, parce que cela ne fait pas disparaître le racisme (voire l'accentue), parce que cela profite au lobby privé des prisons, parce que cela contribue à l'immobilité de l'ascenseur social, etc... Autrement dit, ce serait sciemment que le trafic ne serait pas globalement combattu.

Avec le même raisonnement donc, nous pourrions être amenés à comprendre (si cela s'avérait) qu'il n'y ait pas de campagne politique sérieuse contre l'homophobie, pas plus que, conséquemment, de campagne de prévention particulière sur le tabac et l'alcool à destination des adolescents homosexuels, le cocktail des deux ayant des conséquences sur l'espérance de vie.

Je ne suis nullement un adepte des "théories du complot" et autres balivernes de cette sorte. Pourtant, je note qu'il est avéré qu'on lutte plus ou moins efficacement contre le trafic de drogue selon qu'il a lieu ici ou là, je note aussi que les politiques de prévention contre le sida n'ont pas toujours été les mêmes selon que les pouvoirs étaient de droite ou de gauche.

Par exemple, Act-Up et Aides, entre autres, ont toujours préconisé des campagnes de prévention "ciblées", sachant qu'on ne parle pas de la même façon au spectateur de TF1 et à l'adepte des backrooms. Ce à quoi la droite sait répondre par son éternel "non au communautarisme". Il n'est pas question de communauté, mais d'individus, qui ne sont pas tous les mêmes, qui ne répondent à aucune uniformité, ni d'âge, ni de maturité, ni de loisirs, etc...

Se contenter de campagnes de prévention généralistes contre le tabac et l'alcool (et je parle avec d'autant plus de détachement que je fume et que je bois) équivaudrait à ne pas vouloir sensibiliser certains, derrière un joli habillage de santé publique pour tous, en faisant fi des particularités que génèrent l'homophobie, notamment aurpès des jeunes.

Et qu'on ne vienne pas me dire cette homophobie est un fantasme quand on entend certains propos y compris dans la bouche d'élus (et qu'on voit certains faits divers), qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas de spécificité des adolescent-e-s homosexuel-le-s quant on voit leur taux de suicide !

Ce concept de "stress de minorité" est passionnant. D'abord parce qu'il émane d'une étude scientifique, médicale pour être précis, et qu'on ne pourra pas lui imputer une dérive intellectuelle gauchiste due soit à Foucault soit à Bourdieu, ou à je ne sais qui encore. Ensuite parce que "minorité" ne signifie pas "communauté", ce qui renvoie une "bonne" (!) partie de la droite dans ses filets avec sa perpétuelle accusation en "communautarisme", elle qui le pratique pourtant si bien.

Voilà, je sais qu'aujourd'hui mon propos ne saurait concurrencer un grand débat sur "les pains au chocolats des petits blancs volés par les petits arabes" à la sortie des classe en période de vacances scolaires, mais je m'en contrefiche.