Mercure - Pierre & Gilles

L'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours.

Alors que le nu féminin s'expose aussi régulièrement que naturellement, le corps masculin n'a pas eu la même faveur. Qu'aucune exposition ne se soit donné pour objet de remettre en perspective la représentation de l'homme nu sur une longue période de l'histoire avant le Leopold Museum de Vienne à l'automne 2012 est plus que significatif. Pourtant, la nudité masculine était pendant longtemps au fondement de la formation académique du XVIIe au XIXe siècles et constitue une ligne de force de la création en Occident. 

S'appuyant sur la richesse de son propre fonds (quelques sculptures inconnues) et des collections publiques françaises, le musée d'Orsay se donne donc comme ambition avec l'exposition Masculin/Masculin d'approfondir, dans une logique à la fois interprétative, ludique, sociologique et philosophique toutes les dimensions et significations de la nudité masculine en art. 
Parce que le XIXe siècle puise au classicisme du XVIIIe siècle et que son écho résonne jusqu'à nos jours, cette exposition élargit l'horizon traditionnel du musée d'Orsay pour embrasser plus deux siècles de création, dans toutes les techniques, peinture, sculpture, art graphique et bien sûr photographie, qui auront une place égale dans le parcours.

J'ai toujours considéré que le corps humain, masculin comme féminin, était aussi un corps politique. Et toute l'histoire de ce blog - comme le fut auparavant mon "MySpace" avant qu'il ne sombre dans les oubliettes pour cause de censure ! - le rappelle souvent.

Amateur de livres d'art, (peinture, sculpture, photographie) je peux dire que cette exposition n'a pas été pour moi l'occasion de "révélations" particulières. J'en ai vus des Jésus Christ et des Saint Sébastien langoureux et érotiques ! Reste que le principe même de cette exposition, vouée à un large public, son "concept", m'apparaît essentiel. Le corps l'homme est intime ET extime, et cela n'a pas posé de problème particulier pendant des siècles, chez les Grecs, chez les Romains (dans l'Antiquité comme à la Renaissance), dans la France du XIXème siècle, dans l'ex-URSS avec sa glorification du paysan et de l'ouvrier, dans les USA des années 1970, dans les travaux de Tomof Finland, Pierre & Gilles, Bruce Weber, etc.. La pudibondrie envahissante aura étouffé ces élans, ces respirations.

Hommes nus au musée

Je me suis souvent imaginé nu dans un musée, devant des statues et des sculptures de nus maculins. Allez savoir pourquoi ! J'avais oublié cette errance de ma pensée jusqu'à ce que je tombe sur une photo (dont j'ignore l'auteur comme la date), que je trouve non seulement très belle, mais aussi très intéressante, pour plusieurs raisons.

D'abord, le nu masculin au musée, non seulement sur les oeuvres (implicitement, car on ne les voit pas sur la photographie), mais aussi devant et parmi les oeuvres. Autrement dit, le corps politique et social des hommes lambda face au "corps universel" présenté par les artistes dans leurs oeuvres d'art. Ces dernières sont nombreuses, puisqu'aucun Prix de Rome ne pouvait se conquérir sans une peinture ou une sculpture d'un homme nu figurant un héros.

Ensuite parce que la photographie me semble être, sans conteste, un hommage à Gorgidas et Epimanondas et leur cher Bataillon Sacré de Thèbes que vante Machivel dans "Le Prince".

Mais nos corps "politiques" au musée, c'était juste une errance artistique et esthétique toute personnelle, jusqu'à ce que...

Masculin _ Masculin

Lundi 23 septembre, un homme se promène nu au vernissage de l’exposition Masculin/masculin, consacré au nu masculin dans l’art, au musée d’Orsay. Qui est-il?

Il s’appelle Arthur Gillet, il a 27 ans et il a fait l’école des beaux-arts de Rennes. Lundi 23 septembre, il se rend au vernissage de l’exposition Masculin/masculin consacrée au nu masculin dans l’art au musée d’Orsay, à Paris, son carton d’invitation en main. Une fois sur place, il se glisse discrètement dans un petit couloir derrière un tableau et se déshabille. Puis, Arthur se balade nu, son sac en bandoulière, dans l’exposition. Une vidéo est tournée au téléphone par le magazine WAD.

Simple coup de pub’ orchestré par le magazine ? “Pas du tout”, nous répond Arthur Gillet, contacté par téléphone, “j’ai un ami qui bosse chez WAD. Je lui avais dit il y a quelques temps sur le ton de la plaisanterie que ça me ferait rire d’aller à l’expo nu. Il a proposé de m’accompagner.” L’idée du happening lui est venue comme un trait d’esprit : “Je trouvais ça drôle de rapprocher les œuvres représentant des nus masculins d’un modèle mais de manière naturelle, en visitant l’expo tout nu”. A sa grande surprise, pas de scandale du côté des visiteurs. Certains lui ont souri, d’autres lui ont demandé s’ils pouvaient poser avec lui pour une photo. Même le service de sécurité s’est laissé gagner par le happening. Si le directeur de la surveillance lui a fait promettre de ne pas réitérer l’expérience, il lui a tout de même conseillé d’écrire une lettre au directeur du musée pour lui proposer de réaliser une performance dans un cadre plus officiel.

Arthur a aussi voulu faire ce happening parce qu’il trouvait “courageux” de consacrer une exposition au nu masculin, “un sujet très sensible“. Pourtant, le jeune homme se dit “déçu” :

“J’ai eu l’impression de visiter un salon du design masculin avec l’homme assis, homme allongé, l’homme dans la nature, l’homme fort, sans aucun commentaire critique. Les nus dénotaient une sensibilité homosexuelle, qu’Orsay n’assume pas du tout. L’expo aurait pu devenir un outil critique à des fins plus féministes, en remettant en cause le référent universel du masculin, l’érotisation exclusive du corps féminin. Mais j’ai eu l’impression d’une expo à la gloire du masculin.”

Niveau performance, l’artiste n’en est pas à son coup d’essai. Il a réalisé un happening cette année au musée d’Art moderne à l’occasion de l’exposition consacrée à Keith Haring. Habillé, Arthur a dansé au sein de l’expo avec des ”personnages de la nuit parisienne“, ghetto blaster sur l’épaule. Il a réitéré l’expérience quelques temps plus tard en pleine rue de Paris, vêtu d’un simple fundoshi (sous-vêtement japonais pour homme laissant apparaître les fesses) et accompagné d’une bande d’amis danseurs. “On aime danser dans la rue vêtus de tenues improbables“.

Masculin_Masculin - homme nu

Arthur fait même des émules : le lendemain de son action, un autre jeune homme (dont l'identité n'a pas été révélée) prenait la pose dans le plus simple appareil devant le musée, entre une affiche d’une photographie de Pierre et Gilles datant de 2001 et une autre du tableau "Berger Pâris" de Jean-Baptiste Desmarais de 1787, accrochées sur la façade. “Oui, j’aimerais bien être à l’origine d’un mouvement !“, avoue-t-il en riant.

L'idée d'Arthur Gillet me plait bien...