Le Loup de Wall Street

La nouvelle mafia.

Années 1980 à New York, Wall Street. L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio, parfait) et de Donnie Azoff (Jonah Hill, épatant en digne successeur de Joe Pesci) et de leur meute, la modestie et le réserve étaient devenue complètement inutiles. Trop n’était jamais assez…

Jordan Belfort, qui menait jusqu'ici une vie paisible avec son épouse Teresa (Cristin Milioti), se fait ses premières dents de la cupidité boursière auprès de son nouveau boss à Wall Street, Mark Hanna (Matthew McCaunaughey, dans une scène totalement improvisée d'anthologie, où Matthew McCaunaughey fredonne en se tapant sur la poitrine, au point qu'elle servira de fil conducteur au film, et que la chanson devienne l'hymne de la société de courtage de Belfort !) qui lui apprend le b-a-ba du métier de trader.

 

Le Loup de WS - DiCaprio et McConaughey

Le Loup de WS - première équipe

 

Suite à un premier krach boursier, Belfort perd son boulot, mais riche de ce que lui a enseigné Hanna (photo de gauche), il va décider de se mettre à son propre compte, en créant donc sa propre société de courtage, Stratton Oakmont, en se constituant une petite équipe (photo de droite), en misant d'abord sur les petits investisseurs et en leur vendant des produits hors cote, ce qui lui rapporte beaucoup d'argent, avant de reprendre le chemin des gros poissons, direction Wall Street.

Le Loup de WS - Jonah Hill

Le Loup de WS - Margot Robbie

Avec un succès tel que l'argent coule à flots, et avec lui la vulgarité toujours croissante. Belfort est devenu un guru de la bourse, toujours assisté de son acolyte Donni Azoff (photo de gauche) etprotégé par son père Max (Rob Reiner). Il change d'épouse et se marie avec Naomi Laplaglia (Margot Robbie, délicieusement caricaturale, photo de droite) plus conforme aux attributs du trader (comprendre "pouffiasse blonde écervelée"), s'achète une sublime et immense maison, un yacht de cinquante mètres, s'offre des maîtresses, consomme toutes les drogues qu'il est possible de consommer... Acquisition, avec de l'argent "mal acquis", d'un factice et outrancier statut social, déluge d'argent, déluge de femmes, déluge de drogue...

Jusqu'à ce que l'organisme chargé de surveiller les opérations en bourse, en la personne d'un agent du FBI, Kyle Chandler (Patrick Denham, impeccablede droiture) décide de se pencher sérieusement sur son cas, à cause notamment d'une introduction en bourse d'une ridicule société de chaussures, qui a tout d'une vaste manipulation et d'un gigantesque délit d'initié.

Bedford comprend alors qu'il lui faut planquer une part de son magot. Il le fera chez un banquier français qui officie en Suisse, Jean-Jacques Saurel (Jean Dujardin, désopilant) à qui il envoie Tante Emma (Joanna Lumley, géniale) et son vieux pote Brad (John Bernthal). 

Et si tout venait à s'arrêter ?

Pas facile de critiquer certains réalisateurs. C'est le cas notamment, de Clint Eastwood, de Quentin Tarantino, Brian de Palma, etc... et de Martin Scorsese, véritable momument du cinéma. Et autant le dire tout de suite, techniquement, le film est époustouflant.

"Le Loup de Wall Street est une adaptation du roman éponyme rédigé par Jordan Belfort (qui dit avoir été personnellement très influencé par le film "Wall Street" d'Oliver Stone sorti en 1987) en personne à sa sortie de prison en 2005. La pègre collant à la peau de Martin Scorsese, c’est à Terrence Winter, scénariste des "Soprano", qu’il a fait appel pour adapter le livre. Je ne saurais dire si Martin Scorsese a voulu dire que la nouvelle mafia était Wall Street, ou s'il a voulu délibérément filmer les protagonistes de Wall Street comme il a filmé brillamment les maffieux dans "Les Affranchis" ou "Casino".

Si les personnages mis en scène par le réalisateur sont tous singuliers, la plupart d’entre eux possèdent pourtant un point commun : la chute par leur ascension. Leurs réussites personnelles sont fulgurantes, mais ils sombrent peu à peu car rattrapés par la faiblesse de leur nature humaine : "C’est une chose que je trouve intéressante et qui m’a toujours attiré, et que l’on retrouve chez des gens comme Jordan Belfort, Jake La Motta ou Tommy, le personnage de Joe Pesci dans "Les Affranchis" (dont semble s'être inspiré, non sans génie, le fabuleux Jonah Hill)", confie le réalisateur.

Le Loup de WS - Leonardo DiCaprio

Le film est une œuvre étonnamment complète et complexe, tout autant une comédie hilarante et absurde qu’une fresque obsessionnelle et dramatique sur la quête impossible du plaisir. Martin Scorsese est au sommet de son art, nous embarque dans un thriller financier dopé à l'argent, à la drogue et au sexe et signe une mise en scène aussi délirante que la vie du héros. Leonardo DiCaprio est extraordinaire dans la peau de ce personnage comique et dramatique, (même si à mon sens, il pioche trop dans le jeu de Robert De Niro et Jack Nicholson et insuffisamment dans celui, plus subtil d'un Al Pacino).

Peut-on se passionner pendant trois heures pour un bouffon doublé d'une ordure ? La virtuosité de Martin Scorsese nous apprend que oui. Avec la complicité de son acteur fétiche, une fois de plus habité par son personnage hors-normes, Scorsese signe un grand film sur l'envers du rêve américain, doté d'une multitude de seconds rôles de tout premier rang.

Martin Scorsese orchestre dans le temple de la spéculation financière une satire terrassante, une parabole sur une société d'apparences, de performances, où tout fonctionne sur des velléités matérielles, des rapports de force, de mauvaises plaisanteries. Il fallait bien trois heures d'éclaboussures, de flammes et de cendres pour raconter le parcours vertigineux et grandiose d'une épave.

Mais, car selon moi, il y a un mais : Martin Scorses semble manquer singulièrement de distance par rapport à son sujet et semble se complaire sans parvenir à réellement dénoncer. La surenchère à laquelle il s’astreint (encore une fois, brillamment orchestrée) mène droit à une répétitivité sans fin et finit même par nuire à une série de scènes dialoguées (à forte tonalité tarantinesque). Décrire est une chose, analyser, critiquer et dénoncer en est une autre.

Je me demande si à force de vouloir absolument calquer la mafia sur l'univers de Wall Street, avec ses goûts et ses méthodes est encore pertinent après que nous avons vu le parfait "Margin Call" de de J. C. Chandor sorti récemment. Par ailleurs, Martin Scorsese est très ambigu sur ce qui fait le sel de tous ses films : la rédemption. Il ne dit pas clairement si, lorsqu'il sort de prison et en donnant des conférences, Jordan Belfort prend acte de sa vie passée ou s'il la continue... Je peux comprendre que Martin Scorsese ait voulu exprimer un désenchantement devant la cupidité infinie, qu'il ait laissé à chacun la liberté de constater, ou ne pas, cette éventuelle rédemption, mais il omet de présenter ce choix.

"Le Loup de Wall Street" est incontestablement un film de virtuose porté par un cheptel de comédiens excellents et jubilatoires, souvent dans l'auto-dérision, mais je "reproche" à Martin Scorsese, qui pourtant n'a jamais manqué de donner son point de vue sur tous ses films (comme sur ceux des autres !), de baisser les bras, de ne pas dire, ni même de suggérer, son éventuel écoeurement, son probable désarroi, sa déroutante fascination, devant ce monde tel qu'il va... Ce qui n'empêche en rien, évidemment, à chacun d'en penser ce qu'il veut.