Lulu Femme Nue

Comment Lulu, épouse et mère, redevient une femme...

À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu (Karin Viard) décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant l'attendre son mari, sa soeur Cécile (Marie Payen), sa fille aînée Morgane (Nina Meurisse) et ses deux jumeaux...

Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte vendéenne à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité.

En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : Charles (Bouli Lanners, merveilleux de poésie et de doucueur), un drôle d’homme qui vient de sortir de prison, couvé par ses deux frères Richard & Jean-Louis (Pascal Demolon & Philippe Rebot, presque surréalistes, tendres et drôles); Marthe (Claude Gensac, impériale), une vieille dame qui s’ennuie à mourir ; et Viriginie (Nina Meurisse), une jeune serveuse harcelée par sa patronne acariâtre (Corine Masiero)…

Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.

Nous devons à Solveig Anspach le film "Haut les Coeurs !" en 1998, avec Karin Viard (rôle qui lui valut un César mérité) et Laurent Lucas, qui nous l'a révélée, et qui méritait toute notre attention. Depuis lors sont sortis, en 2003 "Stormy Weather" avec Élodie Bouchez et la pétulante Didda Jonsdottir, en 2007 "Back Soon" où nous retrouvions cette magnifique actrice, et plus récemment, "Queen of Montreuil" avec l'épatante Florence Loiret-Caille. Par ailleurs, pour la télévision, elle a réalisé, "Louise Michel, la rebelle" avec l'excellente Sylvie Testud. On l'aura compris, Solveig Anspach sait offrir aux femmes des rôles audacieux qu'on voit peu au cinéma. Et ce parti pris de rester hors du "mainstream" est passionnant.

"Lulu femme nue" est l'adaptation de la bande-dessinée du même nom d'Étienne Davodeau publiée en 2008 aux éditions Futuropolis et qui a remporté de nombreux prix dans son domaine, dont le Prix Essentiel au Festival de la BD d'Angoulême en 2009. Le deuxième tome de la BD est sorti en 2010 et la sortie du film est l'occasion d'une ressortie intégrale des deux volumes le 9 janvier 2014.

Lulu - Karin Viard et Bouli Lanners

Lulu - Claude Gensac

L'attention portée aux personnages est remarquable. Évidemment, les contours de la personnalité de Lulu sont finement dessinés, et Karin Viard incarne avec maestria cette Lulu-Lucie recouvrant sa liberté, mais la réalisatrice ose en plus, autour de Lulu, toute une galerie de personnages qu'elle fait bien plus qu'esquisser. Bouli Lanners est un Charles séducteur, qui mérite d'être filmée comme un Guillaume Canet, Claude Gensac se voit offrir le rôle de Marthe comme si elle était Catherine Deneuve, et il en va ainsi pour tous les personnages. Corine Masiero, en acariâtre patronne de bistro n'a rien à envier à une Tilda Swinton, Pascal Demolon et Philippe Rebot sont comme sortis d'un film de Wes Anderson, Nina Meurisse vaut bien une Ellen Page, etc... Cette attention chaleureuse accordée aux personnages est rarissime en France, et procure un plaisir particulièrement réjouissant, voire jubilatoire. Les petites gens sont de grands personnages, filmés comme tels.

"Lulu femme nue" est une histoire toute simple, filmée au plus près de la vie, où les personnages sont en quête de l'essentiel. La réalisatrice concentre son film sur son héroïne, accorde davantage de place au beau personnage de Charles, étoffe les solidarités féminines et, ce faisant, va jusqu’au bout de ce qu'il nous faut concevoir comme un beau "voyage initiatique", qui selon elle, n'est pas du seul ressort de l'adolescence. Lulu (re)devient une femme.

Solveig Anspach parvient à capter les plus infimes bouleversements de ses personnages par la totale attention qu’elle leur porte. Sa caméra est allée chercher au plus profond des personnages. Dans son exploration intime, elle accroche tout. Elle filme l’hymne à la joie d’une liberté pas à pas retrouvée.

Cette échappée belle habitée de personnages fantasques est tonique, émouvante et encourageante.