Le Sens de l'Humour

Prête pour une nouvelle vie ?

Elise (Marilyne Canto) est guide touristique dans les musées, notamment au Louvre, elle vit seule avec Léo (Samson Dajczman), son fils de dix ans dont le père est mort.

Elle entretient une liaison avec Paul (Antoine Chappey), un bouquiniste qui travaille avec son frère Alex (Jan-Marie Chappey).

Leur relation est chaotique. Elise le repousse aussi violemment qu’elle se sent attirée par lui, et les deux amants alternent moments heureux et orageux.

Malgré tout, Paul et Léo font connaissance et, les jours passant, s’apprécient de plus en plus...

Primé d'un César en 2007 pour son court-métrage "Fais de beaux rêves", Marilyne Canto réalise en quelque sorte la suite de ce deuil en noir et blanc avec "Le Sens de l'humour", l'histoire de la reconstruction d'une mère et de son fils face à l'arrivée d'un nouveau compagnon : " "Fais de beaux rêves" décrivait l’état de choc d’une femme après la mort brutale de son mari et le début d’un fragile retour à la vie. J’ai eu envie de raconter la suite des événements, c’est à dire la difficulté qu’allait rencontrer cette femme pour accepter d’aimer à nouveau." Elle avait réalisé, à la suite de ce court métrage, ce qui consitue aussi un préambule à "Le Sens de l'Humour", un autre court puis un moyen métrage, "Oui, peut-être" et "C'est d'accord". Ces trois titres résument bien l'histoire du film, le cheminement du personnage d'Élise vers l'acceptation de reconstruire sa vie, qui par ailleurs à ce qu'a été le cheminement de l'histoire entre Marilyne Canto et Antoine Chappey dans la vie.

Il faut rappeller le long parcours de Marilyne Canto (50 ans) pour comprendre la subtilité de sa réalisation. Elle débute adolescente dans les fameux "L'Hôtel de la Plage" de Michel Lang et "La Clé sur la Porte" de Yves Boisset en 1978. Elle a joué ensuite sous la houlette de Jacques Doillon, Raoul Ruiz, Manuel Poirier (3fois), Philippe Garrel, Dominique Cabrera (4 fois), Cédric Klapisch, Jean-Claude Biette (2 fois), Hervé Le Roux, Jean-Pierre Améris, Pierre Salvadori, Claude Chabrol, Marc Fitoussi, Ducastel et Martineau, Pierre Jolivet, Robert Guédiguian. Il y a une cohérence dans ce parcours auprès de réalisateurs très attachés aux acteurs et leurs personnages. Globalement, un cinéma tout en délicatesse.

Nous la retrouverons prochainement dans "La Tendresse" de Marion Hänsel, aux côtés d'Olivier Gourmet.

Antoine Chappey et Marilyne Canto

D'évidence, Marilyne Canto est davantage qu'une actrice qui se met derrière la caméra. Son scénario est ciselé, sa réalisation a su retenir les enseignements de certains maîtres. Ses plans séquences sont remarquables (comme chez Manuel Poirier et Dominique Cabrera), ses travellings sont magistraux (celui du début, dans le Musée du Louvre, est particulièrement réussi), et son art subtil de filmer les portes qui s'ouvrent et se ferment rappelle l'immense Ernst Lubitsch. J'ai beaucoup aimé cette mise en scène très "travaillée" qui permet de transformer la technique en délicatesse, parce qu'elle est complètement maîtrisée.

On pense aussi très souvent au cinéma de Maurice Pialat devant cette chronique riche en découvertes à force d'attention portée aux protagonistes. La minutie pour faire exister des personnages se cherchant un présent entre passé et avenir est magnifique.

Canto Dajczman Chappey

 

Marilyne Canto a fait le choix judicieux d'un récit clair et simple, empreint d'autobiographie. Au service de ses personnages et de leurs interprètes, sa réalisation, d'une élégance délicate, est à la hauteur de ses belles intentions. Charme, discrétion, intelligence, comédie et drame subtilement mixés… Ce premier long-métrage démontre la capacité de la réalisatrice à saisir de beaux instants de vie, même les plus fugitifs. Les acteurs, eux, sont tous impeccables. Le jeune Sanson Dajczman, étonnant de naturel, est une véritable révélation, tandis que Marilyne Canto et Antoine Chappey (qui forment un couple dans la vie) savent jouer tout en subtilité, comme des funambules.

Chappey Antoine et Canto Marilyne

Les scènes d'intérieur sont ici écrites avec délicatesse et donnent le sentiment d'entrer dans les coulisses d'un avenir possible entre Elise et Paul, entre Paul et l'enfant. La fragilité si émouvante des recommencements est là. Tout est filmé au bord de l'espoir. Et pas des larmes. Le titre ne ment pas.

Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître, ou plutôt... de maîtresse.