Arbre Généalogique

Arbre généalogique, sens dessus-dessous.

J'ignore comment et pourquoi mon esprit a vagabondé ce matin vers ce souvenir d'enfance. Sans doute une énième diatribe de Marine Le Pen ou équivalent, à propos peut-être des élections européennes, sur nos "racines".

Je me rappelle la curiosité de ma mère à propos d'une remarque de mon grand-paternel : "maintenant tu portes un nom très rare, puisque nous ne sommes qu'une petite cinquantaine à le porter en France".

Je suis comme ma père, plus porté à penser que l'être humain est davantage "L'homme qui marche" sculpté par Giacometti, émancipé donc de ses racines, pour ainsi dire "libéré", "émancipé", qu'un homme assujéti à des liens, à un attachement, à des racines, à un héritage...

Nom banal s'il en est, traficoté à des fins de "francisation" à une époque d'immigration lointaine où le premier Monsieur F. arriva en France. Et je comprends l'étonnement de ma mère devant cette affirmation de rareté, alors même qu'elle avait déjà bu un vin du "Chateau F.", ce qui laissait présager, au contraire, une grande et lointaine famille française.

Elle se piqua, par curiosité et pour faire plaisir à mon grand-père, de fouiner et d'établir un arbre généalogique de ma famille paternelle. C'était un temps où l'internet n'existait pas, où la généalogie n'était pas populaire, où il fallait consulter de vieux registres...

Nous étions allés ensemble dans un jolie papéterie du Passage Choiseul (entre l'Opéra et le Palais Royal) pour acheter un modèle d'arbre généalogique, un peu comme celui des Capétiens que nous avions au mur dans les WC, avec l'ancètre tout en bas, et sa décendance dessinant peu à peu des branches de plus en plus petites, jusqu'aux jeunes feuilles nous figurant, ma soeur, mes cousins et moi.

Tout ce que nous proposa le vendeur était à l'envers, la jeunesse près des racines, la vieillesse sur les branches en fleurs. La tête de ma mère !

Et puisque j'y repensai ce matin, l'idée m'est venue de regarder sur internet les modèles d'arbre généalogique proposés. Bingo ! Rien n'a changé, tout est comme sur les modèles qui furent proposés à ma mère dans les années 1970, à l'envers.

Je suis donc, figurativement et symboliquement, tout près d'être "la racine" de cet arrière-arrière-arrière-....-grand-père, de ce fameux écrivain russe qui fut le premieur Monsieur F. en France.

Je n'en avais pas l'intention, mais sur cette base, j'aurais bien des difficultés à retrouver tous les F. en Russie, en Pologne, en Corée, en Algérie... puisque tout est sens dessus-dessous.

J'aurais voulu être une feuille encore jeune, et selon le modèle établi, je suis presque une vieille souche ! Je ne suis pas demain, ni même aujourd'hui, je suis hier.

CochonTriste

Pas étonnant que tous les discours sur l'identité, les racines, les valeurs traditionnelles, le patrimoine, l'héritage, etc... perturbent à ce point nombre d'électeurs, incapables de remettre ce qui est à l'envers, à l'endroit.