Élections Municipales

Devons-nous nous contenter des commentaires et des analyses que nous avons entendus ?

Évinemment, je ne suis pas polititologue, et je ne prétends pas l'être. Mais reste et demeure que j'ai entendu, comme la plupart d'entre nous, des "commentaires" et des "analyses" pour le moins exagérées, inappropriées, et parfois mensongères.

En préambule, on peut/doit déplorer l'abstention massive, mais puisque le vote n'est pas obligatoire, il n'y a pas lieu d'en faire des tonnes. Et voici pourquoi : les plateaux de télévision ne peuvent pas en même dire que c'est une abstension record, faire mine de se lamenter, répéter que c'est déplorable pour la démocratie, et dans le même temps survendre les scores du FN, et cela sans jamais envisager de dire pibliquement que certains électeurs se trompent peut-être. Oui, certains électeurs se trompent, parce que le FN les trompe !

Le discours qui consiste à dire, à droite comme à gauche, "on a entendu LE message" sans même oser avancer l'hypothèse que ledit "message" (étant sous-entendu, dans le monde du simplisme, qu'il n'y a qu'UN message) est peut-être inapproprié, c'est très faux-cul ! Aucun citoyen n'hésite à dire que les dirigeants se trompent, mais aucun politique n'a l'audace et le courage de dire qu'une partie de l'électorat s'enfonce et se tire une balle dans le pied parce qu'elle vote pour un parti qui la berne.

Au prétexte que Marine Le Pen veut "dédiaboliser" le FN, tous les journalistes et les politiques participent de cette dédiabolisation. Autrement dit, Marine Le Pen sonne le clairon, et tout le monde se met au garde-à-vous, à commencer par les journalistes qui lui déroulent systématiquement le tapis rouge. M'est avis qu'elle est trop présente dans les media en représentant moins de 6,50% de l'électorat au niveau national avec une douzaine de Mairies sur 36.000. Pourtant, le FN a disposé de 11% du temps d'audience dans les media, ce qui est très loin de 6,50% !

Pour clore sur "LE" FN, je voudrais rappeler qu'il y a DEUX FN : pour faire simple, celui du Nord (une sorte de "gaucho-lepenisme" comme le nomment les politologues) et celui du Sud (beaucoup plus xénophobe, pour faire vite), qui ne répondent pas aux mêmes mécontentements, aux mêmes préoccupations, ni aux mêmes idéologies. Je me demande si pour bien comprendre l'électorat FN, il ne conviendrait pas de proposer deux analyses, et non pas une seule, aussi valable que le contenu d'un fourre-tout.

Ensuite, les "analyses" se sont la plupart temps basées sur les seuls scrutins de 2008 et de 2014, ce qui est absurde, car si l'on veut comparer ce que fut "la vague" rose de 2008 à "la vague bleue" de 2014, il faut remonter encore au scrutin précédent. Il fallait donc étudier trois scrutins et non deux. Il aura fallu attendre le soir du second tour pour que les deux "vagues" soient correctement comparées.

Ensuite encore, et là ce sont surtout les journalistes qui sont responsables, les scores l'UDI, du MoDem, de EELV, du FdG et du PCF n'ont été que très (trop) peu notés, si ce n'est, encore une fois, au soir du second tour, alors même que c'était un enjeu de premier tour, comme toujours pour correctement analyser la pluratité de l'offre politique. À ce propos, certains caciques - minoritaires - du PS, notamment Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis, se sont radicalment vautrés en espérant tondre la laine sur le dos au PCF ou du FdG, ce qui en fait des stratèges à la petite semaine, et même de bien piètres tacticiens. Dont acte.

Par ailleurs, et c'est encore du fait des journalistes qui n'aiment rien tant que "pipoliser" la politique, ils ont immédiatement, dès le soir du premier tour, sur le remaniement nécessaire, en proposant une sorte de "hit parade" des ministrables et des jetables. Pourquoi pas me direz-vous, mais où est la logique de l'électorat qui "exige plus de social" et qui en même temps plébiscite Manuel Valls dans les sondages. Cherchez la cohérence...

Dans le genre incohérent, voter pour dire NON à la politique économique et sociale de l'UE dans le cadre d'élections municipales, ce n'est pas ce que j'ai vu de plus pertinent ces dernières décennies. D'autant que les élections européennes sont dans deux mois, et que le FN aille y mettre un peu de désordre, à part le PPE (et donc l'UMP), je ne vois pas qui ça va gêner !

Enfin, cet revers sans conteste pour ceux qui sont actuellement au pouvoir, puisque c'est une élection intermédiaire, présente des inconvénients ET des avantages pour François Hollande.

Alors je note quelques éléments d' "analyse" que je n'ai pas entendus, à mon grand regret :

- il y a eu un vote qui dénote un "conflit" des générations, François Hollande (à tort ou à raison, chacun pouvant porter à ce propos le jugement qu'il veut) ayant fait une campagne électorale présidentielle axée sur la jeunesse, alors que se sont toujours les vieux qui votent le plus aux élections locales. Ce qui s'explique en partie, aussi, de façon simple : de plus en plus d'étudiants ne sont pas toujours dans une université proche de leur lieu de vote. Ne pas voter dans la ville où l'on vit, et retourner voter dans la ville où on ne vit pas, ça n'est pas très pratique, ni cohérent.
- dans le même ordre d'idée, à moindre échelle mais quand même, on dénote un "conflit" géographique. Ce n'est pas n'importe où que le FN prolifère, ce n'est pas n'importe où que la gauche résiste. Ce ne fut pas rappelé au moment d'analyser les résultats de ces élections. Dans le même registre, il faut constater que globalement, plus les villes sont grandes, mieux le PS résiste, ce qui en dit long sur le niveau d'instruction, sur l'offre culturelle, sur les bienfaits du cosmopolitisme, sur la nécessité d'un urbanisme repensé et la présence de très beaux bâtiments et grnads espaces verts ou pour le moins, de verdure), etc... qu'il faut favoriser partout !
- j'ai entendu que les résultats de ces élections, certes exagéré, où 150 villes de plus de 10.000 habitants (re)tombent dans les mains de l'UMP, cela signifie de facto qu'il y a en France une "demande de social". Il faudrait qu'on m'explique un peu mieux pourquoi, quand on veut du "social", on ne vote pas davantage à la gauche du PS, voire même PS plutôt qu'UMP !
- je n'ai pas entendu parler de la haine ("haine", et non pas "opposition") qu'a suscitée le "mariage pour tous", une haine tenace, qui elle aussi s'est traduite dans les urnes. La déplorable "Manif pour Tous" a fait bien plus de dégâts durables qu'il n'a été dit, et de ce point de vue, il n'y a pas lieu de trop prendre à coeur la défaite. Que ces gens restent mécontents à ce sujet, et qu'ils se vengent dans les urnes, tant pis ! De la même façon, le projet de loi de la réforme de la Justice, pourtant globalement bonne, aura effrayé - notamment - les vieux qui s'imaginent déjà avec des dizaines de milliers de délinquants en liberté dans les rues. On a l'imagination qu'on peut...
- outre l'homophobie, autrefois larvée désormais exprimée, ce vote, comme tous ceux qui suivront, comporte sa part de xénophobie et de racisme qui s'est aussi exprimée. Un racisme qui s'est outrancièrement focalisé sur la personne de Christiane Taubira, et dont je ne vais pas ici rappeler tous les déplorables épisodes. Et ça non plus, pas un "commentateur", pas un "analyste" n'a eu le courage de le dire, alors que cela anime incontestablement certains votes.
- une partie de l'électorat - et là c'est grave - se contrefichent complètement des affaires d'État de corruption avérés, pourtant dramatiques, et les Balkany, Woerth, Copé, etc... sont réélus, et parfois directement au premier tour ! Et un électorat qui "exige du social" mais qui réélit des voleurs de deniers publics, bonjours la cohérence ! Les journalistes ne se sont pourtant pas privés d'étaler (avec beaucoup de retard comparativement au Canard Enchaîné et à Médiapart) toutes ces dramatiques affaires en cours, mais au point de victimiser l'UMP ; il y a là, dans le vote, une forme de "zapping politique" qui fait que d'aucuns oublient qu'ils ont voulu se débarrasser de Nicolas Sarkozy et de sa clique, à juste titre selon moi. Notons bien en passant - c'est très important - que ce n'est pas l'UMP de Sarkozy-Copé qui a gagné (donc la ligne Buisson), mais l'UMP de Juppé (la ligne dite "modérée").
- ce qui aurait dû être rappelé, et probablement en premier, c'est d'ordre institutionnel, et que le quinquennat a totalement bouleversé les comportements électoraux, la donne politique, le rythme des détestations, la cadence des réprobation. C'est la société de l'immédiat et du zapping, y compris dans les urnes. Amnésie politique... au bout de deux ans ! Mais là-encore, allez touver un commentateur ou un analyste pour avoir le courage de le rappeler aux électeurs... ça n'est pas gagné !

J'ai écrit que cette taloche électorale présentait des inconvénients ET des avantages pour François Hollande. Au rayon des inconvénients, le premier et le plus important est salutaire : trop d'impôts mal répartis, trop de rigueur/austérité, pas assez de politique sociale et de la relance pour les plus démunis et les foyers modestes. C'est d'abord à eux qu'il faut penser, et les violons de l'UMP sur les "classes moyennes", ne leur déplaise, est très secondaire. L'UMP n'a qu'à parler de "classes intermédiaires", ce sera plus pertinent que d'amalgamer les foyers aux revenus de 2000€ et ceux de 5000€ mensuels.

Les avantages maintenant :
- le PS dirigé par Harlem Désir, c'est une nullité, dont acte, et c'est tant mieux ;
- faire faire des économies aux communes, quand elles sont UMP, c'est nettement plus facile, (idem pour les Régions après 2015) ;
- un Présient ne se porte jamais mieux que dans le cadre d'une cohabitation, et avec Manuel Valls à Matignon (ce qui reste probable, et il saura apparemment se "gauchiser" un peu), avec des Maires de gauche non réélus et donc hors d'eux et prêts à en découdre (certains sont aussi députés, ne l'oublions pas), avec des Régions (re)tombées dans le giron de l'UMP (ça c'est pour 2015), avec un Sénat qui devrait logiquement basculer à droite, François Hollande se voit offir, avec 2017 dans la ligne de mire, une cohabitation moins douloureuse qu'avec Jean-François Copé, moins dangereuse qu'avec un Alain Juppé ou un Bruno Le Maire. Par ailleurs, puisque Manuels Valls est surtout populaire à droite (et trop peu chez les militants et les élus de gauche), il y a tout à parier qu'en bon petit soldat, il n'aura désormais plus rien à envier au PCF et au FdG pour fustiger l'UMP, surtout à l'Assemblée Nationale, pour donner des gages de sa "gauchisation". Et ça, c'est tout bon pour François Hollande. Ne perdons pas de vue l'éventualité du come-back de Nicolas Sarkozy dont Manuel Valls, bien qu'il s'y essaie, ne pourra souffrir la comparaison...
- à propos de Manuel Valls encore, rappelons qu'il ne faut pas exagérer les pouvoirs qui lui seront conférés, pour deux raisons : d'abord parce que les Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, Ségolène Royal, Christiane Taubira... travailleront souvent directement sous la houlette de l'Élysée, ensuite parce que si Manuel Valls soit-il, il ne sera jamais Emmanuel Macron qui murmure toujours directement à l'oreille de Hollande en sa qualité de Secrétaire Général adjoint), ni les autres de la promotion 2004 Léopold Sédar Senghor de l'ENA (la nouvelle promotion Voltaire, pour faire simple) parmi lesquels on compte Aurélien Lechevallier (lui aussi à l'Élysée comme conseiller diplomatique), Nicolas Namias (à Matignon), Gaspard Gantzer (au Quai d'Orsay), Amélie Verdier (à Bercy), Thomas Andrieu (Place Beauvau), et Sébastien Jallet (Ministère de la Ville).
- le scrutin vient de prouver qu'un sempiternel "élément de langage" vient de tomber, à savoir "le vote FN profite toujours au PS". Que nenni ! Avec les 10 ans de sarkozysme il profite aussi à l'UMP à cause de la porosité souhaitée et organisée entre les électorats UMP et FN. Cela pourrait à terme remobiliser l'électorat de gauche (ce qui fut impossible entre les deux tours des élections municipales, le délai étant trop court). 
- si on prend acte du fait qu'un des résultats (et non pas LE résultat) de ces élections municipales demeure une demande de "social", alors François Hollande tient quand même une carte en main non négligeable devant l'UE : ce 'est pas lui, ni le gouvernement, qui demande un assainissement de la dette publique plus dilué dans le temps, mais les Français dans les urnes.

J'ai oublié bien des choses, je n'ai aucun doute à ce propos. Oui, la gauche s'est pris une rouste (mais avec ici et là des soubresauts du FdG, du PCF et de EELV et la résistance du PS dans de très grandes villes), oui le FN semble s'installer durablement si on le considère dans sa globalité, et oui il prolifère plus aisément quand il n'y a plus la digue du front républicain (merci le "ni-ni" !), oui l'UMP fanfaronne en dépit de l'abstention qu'elle a déjà oubliée (en dépit de l'échec sévère de la ligne Buisson jusqu'ici majoritaire)... mais c'est plus complexe que ces seuls raccourcis.

Au moins, je n'ignore pas cette complexité (dans le cadre d'élections municipales, même quand les résultats semblent être les mêmes ici et là, ils n'ont pas obligatoiment les mêmes causes), je ne me contente pas de ces raccourcis, je sais que les "commentaires" et les "analyses" qui nous ont été proposés (sur les chaînes et les ondes "grand public", ce qui exclut Mediapart qui a su proposer autre chose, autrement) étaient sans les nuances et les réserves nécessaires, et je prendrai le temps pendant les vacances qui arrivent, où que je sois, de lire en détails et les résultats chiffrés, et ce qu'on a bien voulu nous en dire.

Maintenant, place au remaniement, aux nouvelles têtes (pas si nouvelles, j'en mets ma main au feu) et si ça distrait certaines personnes, grand bien leur fasse. Et qu'on parle moins du Pacte de Responsabilité, qu'on fasse des annonces (souhaitables) en termes d'impôts et de pouvoir d'achat, ce sera tès bien, sachant que je ne me cache pas derrière mon petit doigt, et que je vais aller y regarder de très près dans le collectif "Roosevelt 2012" (entre autres souces d'idées novatrices) qui semble comprendre que les élections européennes restent autrement plus décisives, et qui semble savoir et pouvoir contester de façon intelligente l'axiome de base d'Angela Merkel et de la Commission : "rembourse ta dette d'abord !". Un diktat que je consteste, et que je sais quand et où il faut contester. Certainement pas devant les Mairies !