Télévision programmes

La mire rêvée...

Durant cinq jours, nous n'avons disposé ni de réseau téléphonique, ni de télévision. Rien de bien grave, et aucun manque.

Pour autant, grâce à l'internet (ce réseau, en revanche, fonctionnait très bien), nous pouvions nous tenir informés. J'ai selon moi un très bon fil d'actualités sur FaceBook (Slate, Huffington Post, Monde, NouvelObs, Humanité, Roosevelt 2012, etc...), et j'écoute France Inter, je pouvais donc lire et écouter l'essentiel.

Un essentiel qui s'est résumé à peu de choses, puisque les festivités de Pâques et les interventions du Pape François tenaient une bonne place. Les Français ont même appris à cette occasion la loi de l'offre et de la demande : en effet, chacun doit bien comprendre que si tout le monde (par "tout le monde", comme souvent, on désigne les Chinois) peut procahianement s'acheter du chocolat, le cours du cacao va décoller, et ce sera alors un produit de luxe. Nous avions bien besoin de cette éminente leçon d'économie.

Ajoutés à cela, le drame en Coré, l'anniversaire de la dramatique catastrophe au Bengladesh, la situation en Ukraine qui ne s'améliore pas, la situation déplorable en Syrie (il faudrait revenir sur le lien Ukraine/Syrie, via Vladimir Poutine), l'heureuse libération de quatre otages français, l'élection présidentielle en Algérie dans un simulacre de démocratie où la victoire d'Abdelaziz Bouteflika est déjà entérinée, Jean-Marine Le Pen qui se vante partout où elle est (très bien) reçue pour dire qu'elle gagnera les élections européennes, etc...

Il y a bien eu les articles concernant le plan d' "austérité" (là, j'ai quand même un pincement en pensant aux Grecs, aux Espagnols, aux Portugais, aux Iralandais...) présenté par Manuel Valls (qui n'en est pas l'auteur, il faut quand même le rappeler) et de tous ses adversaires. Rien de très pertinent, puisque les meilleurs articles avaient paru avant mon départ. Outre le plan en soi, en forme de ballon d'essai ce qu'il ne faudrait pas oublier en passant, qui n'aura finalement étonné que quelques perdreaux de la dernière couvée, et fait mine de stupéfier que les plus hypocrites, il me semble que la seule chose à retenir était le fait que le périlleux tandem Hollande/Valls avait choisi de n'avoir pour seuls "adversaires" que la gauche du PS et au-delà. Pari pas si stupide, voire très pertinent... Écouter ses meilleurs ennemis (et j'espère leur concéder la correction des erreurs majeures), pour mieux ignorer le FN et l'UMP...

Je défilerai le 1er Mai, mais en connaître déjà à ce point les "mots d'ordre", c'est à dire sans qu'il n'y ait plus rien de fraternel, peut-même de chaleureux, nous confirme que notre "système politique" (je préfère écrire "organisation politique" tant le mot système est désormais vide de son sens originel) s'essoufle, agonise, se meurt...

J'ai lu un article intéressant sur un possible projet de la BCE qui voudrait en finir avec la ridicule politique de l'€ trop fort. Longue à la détente, la BCE, mais ça n'a rien de nouveau quand c'est l'Allemagne le chef d'orchestre. Pas inintéressant non plus l'article sur le micro-parti de Jean-Marine Le Pen "Jeanne" et son financement, mais rien de bien nouveau, ça fait des mois que même moi je l'ai explicité.

Comment passer sous silence cette "affaire d'État" que fut le cas Aquilino Morelle, entre son présumé conflit d'intérêt passé, et l'organisation de son cirage de chaussure, au pied de la lettre. Là aussi, j'avais lu l'article de Mediapart avant de partir, et j'avais compris, parce que ça venait de Mediapart et que ça concernait le PS, que l'indélicat serait viré en 48 heures. Cahuzac trois mois, Morelle deux jours. Pas un seul article, évidemment, sur une des conséquences de ce limogeage justifié, à savoir le désormais immense espace laissé à Emmanuel Macron. Bref, tout le monde n'est pas Sarkozy, Guéant, Balkany, Hortefeux, Woerth, etc...

Mais le plus intéressant n'est pas là. Car de retour à Paris, j'ai pu prendre le temps de revenir sur le traitement télévisuel de quelques-unes de ces "actualités" ou "informations" (au choix). Et là, c'est franchement drôle et consternant. Sur le cas Aquilino Morelle, voir presque tous les media à la remorque de l'enquête de Mediapart (media moins prompts quand il s'agit de l'UMP !), c'est cocasse. Sur la responsabilité de Mediapart et de ses méthodes - dès qu'il s'agit de l'UMP elle est pourtant systématiquent évoquée - puisqu'il s'agit ici de démolir un proche de François Hollande, on ne se pose même plus la question. Edwy Plenel, la parole vraie, l'éthique indiscutable, le Veau d'Or. Interdit de douter, interdit de réfléchir.

Le reste, de ce que j'ai vu, fut du même acabit, depuis les repasseuses des soutanes de Pape François, depuis l'annonce ahurissante du fait que "l'oeuf c'est le symbole du renouveau de la vie" (là, c'est carrément pour les demeurés !), depuis les secrets des plus grands chocolatiers, jusqu'à la situation en Ukraine où c'est Poutine qui mène la danse (merci de nous l'apprendre !), jusqu'à El Assad qui sait profiter de cet ascendant (personne ne s'y attendait !), jusqu'à l'annonce tonitruante "c'est très dur d'être pris en otage" (on n'avait pas compris !), et c'est un grand bonheur d'être enfin libéré (c'est même dans Hatufim et Homeland !), et patati, et patata...

Vient le temps de se poser sérieusement la question de la pertinence, non pas des actualités et des (éventuelles) informations à la télévision - principalement pour ce qui concerne les chaînes d'information et continu et les JT de masse - mais  du traitement qui en presque systématiquement proposé, et qui de plus s'apparente à de la propagande en ce sens qu'il n'est que nivellement par le bas, que recherche d'audimat (Le FN par-ci, le FN par-là, parce que le FN ça fait de l'audience, et c'est logique quand on a fait en sorte qu'il en fasse !), que rétrécissement du champ sémantique. Autrement dit, pour être plus clair, songer à faire boycotter ce type de "journaux" télévisés.