Armée des Ombres Mathilde

... Mathilde est morte.

Ont été commémorés, entre autes, le Débarquement de Normandie (avec faste étant donnés les pays impliqués) et le Débarquement de Provence (avec beaucoup moins de faste, pour les mêmes raison), et vient aujourd'hui le temps de fêter les 70 ans de la Libération de Paris, où Anne Hidalga, pour ne moins, n'oubliera pas l'aide précieuse des Espagnols.

Je ne me résoudrai jamais à dire que ces commémorations sont inutiles, même pour dire que François Hollande ne sert plus qu'à ça. Nous sommes le fruit d'une Histoire, et regarder hier pour comprendre aujourd'hui ne me semble pas vain, bien au contraire.

Évidemment, puisqu'il s'agit de la Libération de Paris (ce fut moins le cas pour les deux Débarquements), il est logique d'évoquer la Résistance. Le mythe qu'a imposé le Général de Gaulle au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, mythe d'une France plus résistante que collabo, il y a une version des faits pour le moins "édulcorée". Pas question de le lui reprocher, mais ce mythe, à mon sens, il faut savoir de "déconstruire" pour laisser apparaître, enfin, la réalité.

La littérature et le cinéma n'ont pas manqué - et c'est heureux - de montrer la grandeur des Résistants, de leurs combats, leurs luttes, les risques qu'ils encouraient, etc... Au point que le mythe aura été bien entretenu, jusqu'à oublier ce que contenaient à l'époque même de la Libération de Paris, les colonnes du très pétainiste quotidien Le Matin. Les Résistants, appelés à dressés des barriquades, n'étaient que traitres, vermines, terroristes...

Terrorisme, ce mot dont on ne sait plus quoi faire, jusque dans les dictionnaires, où selon les uns Yasser Arafat fut un terroriste, selon les autres un Résistant. Ce n'est qu'un exemple. Pour ma part, je me poserai toujours la question de savoir s'il peut y avoir de Résistance active sans faits de "terrorisme", ou comme on disait parfois, de "sabotage".

De façon inexorable, presque "viscérale", chacun s'est un jour demandé je pense si à l'époque il aurait été un silencieux, un passif, un collabo, un Résistant. J'ignore si en concaténant toutes les réponses que chacun se fait à soi-même nous obtiendrions un résultat réaliste, surtout en ce moment, avec l'aussi troublé que troublant électorat FN à qui presque personne n'ose dire sont fait, c'est à dire sa dramatique faute, faute dont il est responsable.

Jean Moulin, Guy Môquet, le réseau Manouchian, le Mont Valérien... bien des personnes, de lieux, des images... incarnent la Résistance aujourd'hui. On nous les apprend, nous les retenons, les politiques nous les rappellent, et parfois les exploitent.

Jeune, j'ai lu le livre de Joseph Kessel, "L'Armée des Ombres", celui de Marcel Aymé, "Uranus", celui de Vercors, "Le Silence de la Mer"... Puis vu les film de Jean-Pierre Melville (Le Silence de la Mer & L'Armée des Ombres). Et depuis lors, pour moi, telle une allégorie, c'est le corps de la magnifique Mathilde (incarnée par une Simone Signoret au sommet de son art) qui vient de se faire buter, gisant sur le trottoir, qui incarne, d'un sang refoidi, le mieux la Résistance.

Dans le contexte international actuel (USA, Ukraine, Irak, Gaza, Syrie, Nigeria, Mali...) il m'apparaît indispensable de cesser d'utiliser uniformément le mot "terrorisme", puisqu'il y a bien, ici et là, de la Résistance.

La Résitance, tant de corps exécutés.