Non_ma_filleLe coût de la liberté.

Depuis qu'elle s'est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l'implacable bonté de sa famille qui a décidé de faire son bonheur.

J'aime beaucoup la trilogie parisienne de Christophe Honoré, et j'avais impatience de voir la tournure que pourrait prendre son travail désormais. Outre qu'il offre, enfin !, un rôle magnifique à Chiara Mastroianni, j'ai aimé ce film de bout en bout, le considérant à l'opposé des films qu'ont veut bien nous infliger sur "les femmes".

Car c'est bien un film féministe, à travers le portrait déchiré d'une femme d'aujourd'hui, fin, intelligent, bouleversant, que nous propose Christophe Honoré. Vie de famille, parents, fratrie, et leur chapelet de sacrifices et de renoncements à consentir pour que tout reste "vivable". Mais Léna est dans un vertige, presque sauvage, devant la difficulté qu'il y a à devoir s'assumer librement.

Chiara Mastroinnani est poignante. Autour d'elle, une belle distribution, où tout le monde excelle. Marie-Christine Barrault (la mère), Marina Foïs (la soeur), Jean-Marc Barr (l'ex-époux), Fred Ulysse (le père), Marcial Di Fonzo Bo (le beau-frère), Julien Honoré (le frère), etc... Ils contribuent tous à ériger la forteresse familiale dans laquelle Léna étouffe.

Bonne idée que d'avoir de nouveau recruté son propre frère, Julien Honoré (le frère), pour être le spectateur presque extérieur aux événements. Il était déjà très bien dans "Tout contre Léo" en 2002 et "La Belle Personne" en 2008 sou la houlette de son aîné, mais aussi dans "Après lui" en 2007 de Gaël Morel. J'espère que nous le reverrons bientôt.

Que dire de Marcial Di Fonzo Bo (le beau-frère), si ce n'est qu'il me manque au cinéma, accaparé qu'il est par le théâtre. J'aime cet acteur si particulier, à la diction unique. "Peau Neuve" d'Emilie Deleuze en 1999, "Mon meilleur amour" de François Favret en 2001, "Elle est des nôtres" de Siegrid Alnoy en 2003 sont hautement recommandables.

Fred Ulysse (le père). Quelle gueule, et quelle filmographie, trop mince devant un tel talent ! "Selon Mathieu" de Xavier Beauvois en 2001, "Son Frère" de Patrice Chéreau en 2003, "Tirésia" de Bertrand Bonello en 2003, "13 Tzameti" de Gela Babluani en 2006, "Nos retrouvailles" de David Oelhoffen en 2007 : quel autre acteur français peut revendiquer ce sans faute dans la décennie ?

Et ce sont ces trois hommes, son père, son frère et son beau-frère qui comprennent le mieux la liberté que semble revendiquer Léna, alors que sa mère et sa soeur semblent moins féministes. Un peut comme si ces hommes comprenaient qu'il est possible de demeurer pour une femme, quelques temps encore, une "adolescente attardée", avec des idéaux, des soifs, des besoins d'air, tandis que sa mère et sa soeur semblent avoir consenti aux renoncements et aux sacrifices.

Le film est à la fois d'une pudeur et d'une cruauté extrême, comme le prix qu'il faut payer pour rester libre quand on est une femme, et qu'on ne veut s'isoler dans le rôle d'épouse ou le rôle de mère.

La Léna que Christophe Honoré à offerte à Chiara Mastroianni est ma soeur de cinéma.