CanineLe temps de l'évasion.

Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans les faubourgs d'une ville. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets et les zombies, des petites fleurs jaunes. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Dans la famille, tout le monde l'adore, l'aînée des filles surtout. Un jour, Christina lui offre un serre-tête qui scintille, s'attendant à recevoir quelque chose en retour.

Le film de Yorgos Lanthinos aura suscité un véritable intérêt au dernier Festival de Cannes, pour recevoir finalement le prix Un Certain Regard, tout à fait mérité.

Véritable petit théâtre de l'horreur psychologique, toujours au bord du précipice, évoquant Fassbinder, Pasolini, Haneke, est un massacre en règle de bonnes vieilles valeurs d'une cruauté presque jubilatoire. "Canine" le premier film du réalisateur est techniquement parfaitement maîtrisé. J'attends déjà son prochain film avec impatience.

On songe à "L'ange exterminateur" de Luis Bunuel et au "Château de la pureté" d'Arturo Epstein, et c'est dire toute la qualité du film.

La distribution est réussie, et l'ensemble des acteurs, Christos Stergioglou (le père), Michele Valey (la mère), Aggeli Papoulia (la fille aînée), Christos Passalis (le fils), et Mary Tsoni (la fille cadette), est à l'unisson, presque aux confins du surréalisme, dans un jeu très maîtrisé et très inquiétant.

Incontestablement, une des bonnes surprises de cette fin d'année.