R_gionales_2010Victoire ? Défaite ?

Je ne peux pas cacher que j'avais fait le choix de ne pas commenter au fur et à mesure cette campagne électorale, parce que je l'ai pressentie, depuis son aube jusqu'à son crépuscule, destinée à être d'un niveau désolant. Mais mon engagement n'aura pas faibli, et je n'ai pas souscrit aux dérives abstentionnistes.

* d'un côté il y a une victoire, et malgré cette abstention, incontestablement la gauche unie (PS+EE+FdG) signe un très beau sursaut. C'est la victoire d'une bataille, ce n'est pas la victoire de la guerre. Savourons l'instant, mais ne vendons pas la peau de l'ours... (En passant, je dois bien dire que je suis assez heureux du score national du Front de Gauche, du recul d'Europe Ecologie par rapport aux résultats des élections européennes, de la quasi-disparition de la baudruche MoDem).

Deux années très difficiles nous attendent, et ce n'est pas le moment de se plonger dans une ivresse joyeuse de trop longue durée. Même si un pas a été marqué.

* D'un autre côté, il y a une défaite de la droite, qui s'articule clairement selon moi autour de plusieurs points :

- un contexte de crise qui ne favorise jamais le pouvoir en place ;

- un retour de boomerang qui s'adresse directement et personnellement à l'actuel locataire de l'Elysée, qui paie, avec retardement (c'est souvent le cas en politique) : la nuit du Fouquet's, le yacht de Bolloré, sa fascination-connivence avec le monde de l'argent ; son fils en route vers l'EPAD ; l'étalage des déboires puis des satisfactions, personnels et conjugaux ; le comportement bling-bling ; les accointances avec Bush ; les entorses systématiques faites à la fonction de plus haut représentant de l'Etat ; un comportement vulgaire peu adéquat pour cette fonction, etc... Les Français ne sont pas amnésiques ! Ils voulaient un Président, ils ont un People.

- l'échec d'une stratégie : l'ouverture. L'électorat de base et les élus de l'UMP n'en peut plus de ce racolage permanent, au détriment de personnalités clairement de droite. L'actuel locataire de l'Elysée, pour l'UMP et ses électeurs, est allé beaucoup trop loin. D'autant que Besson, Kouchner, Amara, ça ne constituait pas l'élite du PS.

- l'échec d'un collectif : trop d'incapables on transité par les Ministères, ou y sont encore : Laporte, Dati, Morano, Bachelot, Chatel, Boutin, Amara... A long terme, il n'y a pas de prime à l'incompétence de la part de l'électorat. Et l'incompétence ils la mesurent, légitimement parfois, au contenu de leur gamelle. Et c'est sans compter les sieurs Lefèbvre et Bertrand qu'on devrait, pour des raisons politiques, éloigner des caméras.

- l'échec d'une politique : en premier lieu, on ne peut pas ne pas penser à l'insécurité, cheval de bataille depuis 2002, dont aucune des 23 lois votées dans la précipitation et le "bougisme" n'a eu le moindre effet bénéfique. Ensuite viennent le bouclier fiscal, les attaques contre la Poste, la santé publique, l'éducation, souvent très mal ressenties en période de crise, à gauche comme dans une partie de la droite. Enfin, c'est la non réponse faite aux Français sur leurs préoccupations majeures : chômage, pouvoir d'achat, peur du déclassement social et de la relégation vers la paupérisation sans fin.

- l'échec d'une tactique politicienne : la massification, et même l'uniformisation de la droite sous le label UMP, mettant certes tout le monde au pas, mais qui d'une part prive de parole une droite plus sociale et plus gaulliste, qui d'autre part encore laisse le parti sans réserve de voix, qui d'autre part enfin donne l'impression d'un troupeau plus que d'une troupe. C'est un peu L'Union des Moutons de Panurge.

- la bunkerisation : voilà dix fois que le Président nous a entendu, qu'il a changé, et qu'il va s'atteler à résoudre nos problèmes, accompagné de ses seuls conseillers Elyséens, qui constituent un gouvernement-bis presque occulte. Or, avoir vendu de la transparence pour finir sourd et aveugle dans un bunker ne semble pas, même à droite, répondre à nos idéaux démocratiques.

- la remontée du FN : soyons justes, "Quand la France va mal, le FN va bien", et cette remontée même relative, n'est pas du seul fait de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement, et de son parti, l'UMP. Mais on ne peut pas dire non plus que les débats sur l'identité nationale, sur le niqab, sur l'affaire Ali Soumaré, puis plus en sourdine sur les minarets auront favorisé un climat pacifié, bien au contraire, et à jouer avec les peurs, ils auront renforcé, voire suscité, des tensions et des haines.

- un nouvel antagonisme : en envoyant de nombreux ministres à l'assaut des Régions, le pouvoir en place aura très probablement généré une opposition qui semblait un peu apaisée, la "politique de Paris" contre la "politique des Provinces". Cela n'incombe pas seulement à l'Elysée et au gouvernement, puisque même s'il ne semble pas en avoir subi les conséquences, le PS n'est pas exempt de responsabilité. Et si l'abstention est probablement à une désespérance, en une perte de confiance en la politique, elle est aussi en partie due à ce sursaut de jacobinisme. Dans les Régions, parfois en sourdine, parfois à haute voix (le cas Georges Frêche), cette hyper-centralisation du pouvoir a été contestée. Moi qui suis un ardent défenseur de la décentralisation, je réprouve ce jacobinisme, et surtout, je me dit qu'il pourrait avoir un impact sur le scrutin de 2012.

=> Ne doutons pas un instant, même si nous ignorons s'il en tirera les conséquences qui conviendraient, que l'actuel locataire de l'Elysée, parce que c'est une réelle bête politique (animée par un think-tank élyséen, son gouvernement-bis occulte, très virulent), connaît toutes les raisons de cette vague rose. J'ignore s'il voudra, ni même s'il pourra, y répondre point par point, mais il sait le temps que durent les saisons, et qu'il lui reste encore deux bonnes années.

=> Ne dansons pas la carmagnole, gardons l'oeil vif et le verbe acéré, et surtout, ne nous laissons pas imposer un-e candidat-e pour 2012 que Nicolas Sarkozy aurait soi-même choisi-e. Car si la remontée du FN peut être affligeante pour les élections locales, elle peut être dramatique mais rapporter très gros lors d'une élection présidentielle, comme en 2002.