AisheenEncore vivants !

« Elle est où la cité des fantômes ? », demande l’enfant au gardien du parc d’attractions. « Elle est là, juste là. Mais elle a été bombardée… Tu veux la voir ? » C’est par ces mots que commence le film, balade impressionniste dans une Gaza dévastée, au lendemain de la guerre. La cité des fantômes, c’est Gaza…

Nicolas Wadimoff nous propose un documentaire sur Gaza et ses habitants, loin des cris et des larmes souvent diffusés à la télévision.

En effet, les Gazaouis sont souvent réduits au statut de victimes de l'armée israélienne ou, inversement, en militants du Hamas prêts à mourir en martyrs. Et il y a très peu de place pour une autre façon d'exister. Offrir une autre vision, un regard qui puisse nous sortir de la simple actualité, voilà ce qui anime le réalisateur. On peut être palestinien ou israélien, et ne pas se définir par rapport au conflit.

Ici donc, pas de pathétique ni de misérabilisme, mais une profondeur et une finesse rares. Le réalisateur a une grande confiance dans le médium cinéma et dans la force des images, et il y a là quelque chose de réjouissant. Avec un sens aigu du cadre, Nicolas Wadimoff parvient à nous proposer des plans d'une puissance époustouflante, parfois très émouvants.

Cet état des lieux plutôt impressionniste de la vie à Gaza, qui évite sciemment de relater "les paroles officielles", évitant aussi toute instrumentalisation, est passionnant. Malgré le fracas et le chaos, les gens relève la tête, s'investissent déjà dans le futur à travers des gestes simples : réparer un manège, remettre en état un zoo, réconforter une personne, essayer de cultiver à nouveau un champ dévasté... Cette pulsion de vie est une négation pure de la culture de la mort.

La BO du film est marquée par un groupe de rap gazaoui, qui marque par son intelligence et son courage, n'hésitant pas à fustiger le Hamas et son contrôle social, aussi bien que le Fatah et sa corruption. (Comment ne pas penser au beau film de Bahman Ghobadi, "Les Chats Persans" ?).

J'ai beaucoup aimé ce point de vue "humaniste" sur la vie des Gazaouis, qui rappelle évidemment la "résilience" chère à Boris Cyrulnik. Les témoignages évitent tous les discours préfabriqués que distille la télévision, nous prouvant une fois encore que le cinéma est essentiel.

Voir qu'il y a à Gaza une énergie libertaire reste une leçon de vie puissante et salutaire. Et je conseille vivement ce film qui sans esbroufe sait proposer un point de vue humaniste, proche des habitants de Gaza. Superbe !