La_bocca_del_lupoLa gueule du loup.

Enzo a passé la moitié de sa vie derrière les barreaux d’une prison. Multirécidiviste, le gangster Sicilien y a pourtant trouvé l’amour, et une forme de salut, grâce à la poésie. C’est son portrait que dessine Pietro Marcello, restitué par bribes, comme autant de morceaux d’une vie brisée, et celui de cette population marginale des quartiers Génois de Croce Bianca, Via Prè, Sottoripa, dédale de ruelles coupe-gorge. C’est aussi le récit d’une histoire d’amour hors du commun, nourrie de la longue attente d’un paradis simple où l’on peut enfin vivre ses moments perdus.

Pietro Marcello nous propose un film à nul autre pareil : il s'agit d'un magnifique collage d'images d'archives (superbes), d'extraits de films de gangsters, d'anciennes affiches de films noirs, etc... pour peindre un quartier de Gênes en Italie, et une très belle histoire d'amour.

On y retrouve du documentaire, du polar, du mélodrame, du néo-réalisme, du roman-photo, et c'est magistral. C'est très stylisé, très beau, et se dégage de l'ensemble une espèce de mélo-documentaire poétique à la réalité sublimée.

On suit Vincenzo Motta (Enzo) dans cette étrange mosaïque alors que seule la voix de Mary Monaco nous guide. Elle n'apparaît qu'aux deux-tiers du film, toujours aimante et amoureuse, pour nous raconter cette magnifique et improbable rencontre en prison, entre le malfrat et le transexuel.

C'est à la fois intimiste et politique, voguant dans les rues moites près du port de Gênes, la belle endormie, au plus près des plus démunis, sans jamais être glauque. Et le réalisateur de nous offrir cette espèce de "poème torrentiel" issu d'un univers sombre, mais bouleversant d'humanité. On pense à Fassbinder et à Vincent Dieutre.

Un film-mosaïque d'une beauté percutante, à voir impérativement.