Ch_troomRéalité, virtualité.

William, 17 ans, solitaire, passe son temps sur internet et ouvre un forum de discussion pour les adolescents de sa ville.
Rejoints par Eva, Emily, Mo et Jim, tous vident leurs sacs sur leurs parents, leurs soi-disant amis, leurs émois, leurs traumatismes. William, très à l’écoute, les conseille et les incite à s’affranchir de leurs problèmes par l’action…
Aucun d’eux ne sait que dans la vie réelle William est un adolescent perturbé, et qu’il est déterminé à influencer le groupe sur son Chatroom « à la vie - à la mort »...

Hideo Nakata est connu pour avoir réalisé "Ring" en 2001 (puis "Ring 2" et "Ring 3") et "Dark Water" 2003, film aux confins de la science fiction, de l'horreur et du thriller psychologique, avec un talent de metteur en scène indiscutable.

Ici, son pari consiste à matérialiser les forums de discussion. Il le fait en mettant en scène de longs couloirs couloir d'hôtel, et rétrécit le cyber-espace pour pouvoir le porter à l'écran. La thématique qui consiste à mettre en parallèle le réel et le virtuel au cinéma devient récurrent. Hideo Nakata, de ce point de vue, réussit son pari, et l'ambiance est réussi, grâce à des décors ingénieux, et une musique tout à fait adaptée.

Par ailleurs, c'est un thriller psychologique se concentrant sur le mal-être adolescent. Là, le film est un peu moins fouillé, les préoccupations des protagonistes se limitant souvent aux conflits avec les parents, et l'envie de se suicider. Introduire dans le scénario l'incitation au suicide relève de la maladresse, car elle manque de mystère.

La distribution est convaincante. Aaron Johnson ("L'illusionniste" de Neil Burger en 2007 ; "Nowhere Boy" de Sam Taylor-Wood en 2010 où il incarne un John Lennon jeune crédible) sait être inquiétant sans top en faire, malgré la répétition incessante de ses yeux en gros plan. Matthew Beard que nous avons découvert cette année dans "Une éducation" de Lone Scherfig joue avec davantage de subtilité et parvient à transmettre le malaise de son personnage. Imogen Poots (amusante en victime de la mode), Hannah Murray (épatante de malice) et Daniel Kaluuya (dans un rôle intéressant du jeune homme qui craint d'être pédophile), tous trois venus de séries TV, sont très bien.

Malgré les maladresses scénaristiques et le manque de mystère, le film va au-delà d'un teen-movie estival, surtout grâce à la matérialisation particulièrement réussie des forums de discussions.

Mais on pourra se référer à "Suicide Club" de Sono Sion sorti en 2003, plus novateur et plus abouti.