Black_SwanBlanc & Noir ; Bien et Mal.

Face à Thomas (Vincent Cassel) un chorégraphe intransigeant, Nina (Natalie Portman), une danseuse étoile du New York City Ballet, est prête à tout pour décrocher le rôle principal de "Lac des Cygnes" d'après Tchaïkovski, où elle pourrait interpréter et le cygne blanc et le cygne noir, au moment ou Beth (Winona Ryder) prend sa retraite de danseuse, et où Lily (Mila Kunis) s'affirme comme sa principale rivale. A moins qu'elle ne se fasse des idées...

D'emblée le film pose des question qui son chères à Darren Aronofsky. L'art vaut-il qu'on lui sacrifie tout ? La quête de perfection a-t-elle un sens ? 

Le réalisateur, que nous avion découvert en 1999 avec "Pi", qui nous avait époustouflés avec "Requiem for a dream" en 2001, qui nous avait intrigués avec "The Foutain" en 2006, et qui avait presque exposé et interrogé nos travers dans "The Wrestler" en 2009 (épatant come-back de Mickey Rourke), nous propose un film très abouti, et surtout très personnel.

Non seulement il nous raconte une histoire, celle de Nina, une véritable descente aux enfers, mais en plus il nous parle de son travail, essentiellement créatif, en s'interrogeant sur les sacrifices imposés par la création. Il en ressort un thriller psychologique, qui bascule vers la schizophrénie.

Darren Aronofski va jusqu'au bout de ses fantasmes, de ses hallucinations, qu'il agence sur un rythme exaltant, épuisant, presque exténuant. On chemine du côté du cinéma de Brian De Palma.

Sur la magnifique et envoûtante musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski, nous sommes devant une mise en scène délibérément ampoulée, qui joue avec excellence sur le noir et sur le blanc, où le fantastique, le cinéma indépendant, l'exercice de style, s'entrechoquent jusqu'à un vertige final.

La distribution est de tout premier ordre, avec Vincent Cassel très pertinent, une Winona Ryder enfin retrouvée (avant le très attendu "Frankenwinnie" de Tim Burton en 2012), une Mila Kunis ambivalente à souhait, une Barbara Hersley confinant à la monstruosité en mère omniprésente, presque dévoreuse.

Et il y a Natalie Portman, qui depuis ses 12 ans ne cesse de nous épater, et qui présente, à 30 ans seulement, une filmographie qui compte de très grands noms : Michael Mann, Woody Allen, George Lucas, Ben Stiller, Anthony Minghella, Mike Nichols, Milos Forman, Wes Anderson, Kenneth Brannagh... Elle compte même déjà des films de tout premier ordre dans sa carrière : "Mars attaks !" de Tim Burton en 1997 ; "Free Zone" de Amos Gitaï en 2005 ; "V pour Vandetta" de James McTeigue en 2006 ; "My blueberry nights" de Wong Kar Waï en 2007, et "Brothers" de Jim Sheridan en 2010. Qui dit mieux ?

Ici, non seulement elle doit incarner Nina, persuadée qu'il faut vivre, et le bien et le mal, pour pouvoir incarner ensuite, sur scène, et le cygne blanc et le cygne noir, mais en plus elle doit assumer d'être le double créatif de Darren Aronofsky. Elle assume pleinement sa double partition.

"Black Swan" peut se lire comme l'histoire d'une ambitieuse qui confine à la folie, mais ce serait passer à côté de toutes les questions que pose ce film. Avec ses questions sur la création, sur la perfection, c'est un film qui fait mal, un "éblouissant instrument de torture". C'est quasiment un film d'horreur.

Il nous rappelle que le spectacle (ici, la danse devant la caméra, et le cinéma derrière), est un ogre qui dévore ses enfants.