Captain_America_First_AvengerEn attendant "Avengers" de Joss Whedon.

"Captain Americab: First Avenger" nous plonge dans les premières années de l’univers Marvel.

Steve Rogers, frêle et timide, après avoir été jugé inapte 5 fois de suite pour entrer dans l'armée US à cause de son physique chétif, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America. Allié à Bucky Barnes et Peggy Carter, il sera confronté à la diabolique organisation HYDRA dirigée par le redoutable Red Skull.

Ce film n'est pas à juger en tant que tel, mais bien davantage comme une bande-annonce géante du très attendu "Avengers" de Joss Whedon qui devrait sortir l'année prochaine (et la dernière réplique du film est assez claire à ce propos). C'est un grand spécialiste des effets visuels qui s'y colle, en la personne du réalisateur Joe Johnston, qui a beaucoup travaillé avec Steven Spielberg sur les trilogies "Star Wars" et "Les Aventuriers de l'Arche Perdue", puis sur "Always". Il est par ailleurs un habitué des blockbusters, ayant réalisé "Chérie j'ai rétréci les gosses" (1989), "Jumanji" (1996), "Jurassik Park 3" (2001).

Ceci étant dit, ce film assume sont statut de divertissement estival, sans être irrespectueux de l'intelligence des spectateurs, réussissant le mélange des genres : action, aventure, guerre. Il faut noter que le film évite deux pièges qui se tenaient devant lui : d'une part il ne sombre pas dans le patriotisme le plus grossier (et avec Captain America, dont le costume est taillé dans la drapeau, c'était tentant) ; d'autre part il évite la guerre d'Irak, restant dans une version rétro, plus "historique".

Un des principaux attraits du film reste sa distribution. Notons quelques valeurs sûres, comme Tommy Lee Jones (General Chester Phillips) ; Samuel L. Jackson (Nick Fury) ; Stanley Tucci (Dr Abraham Erskine) qui débuta sous les auspices de John Huston dans "L'Honneur des Prizzi" en 1986, et qui a travaillé avec James Ivory, Alan J. Pakula, Barbet Schroeder, Dany Boyle, Woody Allen, Barry Sonnenfels, Sam Mendes, Steven Spielberg, Lasse Hallström, Barry Levinson, Peter Jackson... et qui est aussi un réalisateur assez prolixe.

Hugo Weaving est excellent dans le rôle de Red Skull, dans une partition assez semblable à celles des méchants de James Bond. Depuis son rôle de Antony Belrose alias Mitzi Del Bra dans "Priscilla, Folle du Désert" en 1995, il compte à son actif le rôle de l'Agent Smith dans "Matrix" des Frères Wachowski, le rôle de Elron dans "Le Seigneurs des Anneaux" de Peter Jackson (qu'il reprendra dans "Bilbo le Hobbit" du même réalisateur), le rôle de William Rookwood alias V dans "V pour Vendetta" de James McTeigue, le rôle de Megatron dans la trilogie "Transformers" de Michael Bay. Beaucoup rêveraient de ces rôles !

Se déploient aussi de plus jeunes acteurs. En premier lieu, Chris Evans dans le rôle de Steve Rogers alias Captain America, qui parvient à donner une touche psychologique à son super héros, un peu à la façon de Tobey Maguire dans Spider Man, mais moins aboutie. Nous l'avions déjà vu dans "Les 4 Fantastiques" de Tim Story en 2005 dans le rôle de La Torche, dans "Sunshine" de Danny Boyle en 2007, dans "Scott Pilgrim" de Edgar Wright en 2010. Bientôt sortiront 7 films avec lui, dont évidemment "Captain America 2", et "Avengers" évoqué ci-dessus. Surtout, il incarnera Jack Kerouak dans "Kill Your Darlings" de John Krokidas avec Jesse Eisenberg qui sera Allen Ginsberg, et Ben Whishow qui sera Lucian Carr. Espérons que ce rôle lui permettra d'aller au-delà des super héros.

Si elle est surtout connue pour ses séries TV, et pour être apparue dans "Le Rêve de Cassandre" de Woody Allen en 2007, puis "The Duchess" de Saul Dibb en 2008, la très charmante Hailey Atwell, grâce ici à son rôle de Peggy Carter, pourrait se voir proposer des rôles plus consistants. Elle ne manque pas d'arguments, si j'ose dire.

Sebastian Stan - particulièrement beau, on peut parier sur lui et sa carrière à venir - incarnant Bucky ("Rachel se marie", "Black Swan"), Dominic Cooper incarnant Howard Stark (vu dans "Une éducation" de Lone Scherfig en 2010 puis dans "Tamara Drew" de Stephen Frears en 2011), Richard Armitage incarnant Heinz Kruger et surtout Tobey Jones incarnant Armin Zola, complètent la distribution.

Je m'attarde volontiers sur ce dernier qui a assumé une multitude de petits rôles dans des films parfois exigeants comme "Naked" de Mike Leigh en 1992 ou "Orlando" de Sally Potter en 1993. Même s'il compte des rôles dans "Harry Potter", "Madame Henderson présente", et surtout "Scandaleusement célèbre" de Douglas McGrath où il incarnait un incroyable Truman Capote en 2007, puis dans "La ronde de nuit" de Peter Greenaway" en 2008, "Frost/Nixon, l'heure de vérité" de Ron Howard en 2009, il n'a pas la carrière qu'il mérite. Mais sortiront prochainement 11 films (!) avec lui, notamment le "Tintin" de Steven Spielberg où il incarnera Aristide Filoselle". Sa place est parmi les plus grands.

Même si le film présente une lecture politique pertinente, il oublie de souligner le rôle, la fonction viscérale des "super héros" aux USA, qui visaient à créer des hommes sur-virilisés pour éviter la "féminisation" de la société du fait que les hommes partaient à la guerre. La 3D du film n'apporte pas grand chose, même si les scènes d'action sont réussies et plutôt spectaculaires. Enfin, même s'il s'y essaie et s'il évite le "100% neuneu", le film manque de détachement, d'humour et d'ironie. Une dose d'auto-dérision aurait été plus que salutaire.

Malgré ces réserves, il faut prendre ce film pour ce qu'il est : un divertissement estival, voué à assurer la pré-promotion de "Avengers" qui sortira ultérieurement. Il parvient à distiller une certaine qualité d'émotion, il permet de retrouver des comédiens de premier rang, et d'en découvrir certains qui pourraient leur succéder. Ce n'est déjà pas si mal.