Premier MaiLes uns "contre" les autres.

Ce quinquennat, outre ses crises financières et économiques, puis sociales, sociétales et culturelles, aura été, sciemment, sous la houlette de l'actuel locataire de l'Élysée, celui de tous les antagonismes, dans le but de la destruction de la cohésion nationale en opposant inutilement les uns aux autres.

En effet, et je n'ai cessé de l'écrire, il ne s'est pas passé une seule de ces 360 semaines sans que ne soit dicté une une stérile et destructrice opposition : lève tôt/lève tard ; police/justice ; police/armée ; vieux/jeunes ; ruraux/urbains ; en bonne santé/malades ; privé/public ; de souche/pas de souche ; croyants/non croyants ; chrétiens/non chrétiens ; hétérosexuels/homosexuels ; syndiqués/non syndiqués ; travailleurs/"assistés", métropoles/banlieues ; bien pensants / ? ; statutaires/précaires ; gens ordinaires/"élites" ; etc...

Dans une formule fielleuse de Patrick Buisson, allègrement reprise à son compte par l'actuel locataire de l'Élysée, nous en serions arrivés à devoir considérer qu'il y aurait un "vrai travail", et donc par opposition, un "faux" travail. Et ce pendant le temps où le chômage de masse ne cesse de croître, ce qui inquiète à juste titre la plupart des Français, qui en vivent (ou en pressentent) la précarisation et la paupérisation qui s'ensuivent.

Puisque cette fichue "valeur travail" nous a été incessamment servie au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner et au souper de ce quinquennat, je vais me contenter de rappeler deux citations :

=> "La vie, la santé et l'amour sont précaires pourquoi pas le travail ?" (Parisot/Sarkozy) 

=> "La liberté de penser s'arrête là où commence le Code du Travail" (Parisot/Sarkozy) 

Où l'on voit que si les syndicats de travailleurs n'auraient pas de légitimité à préférer un candidat plutôt qu'un autre, le MEDEF, le syndicat des grands patrons - au même titre que la FNSEA (agriculture), l'UIMM (industrie, automobile notamment), la FFB (bâtiment), l'UMIH & le SYNHORCAT (restauration), l'UFIP (pétrole), le SNIP (industrie pharmaceutique) etc... - est légitime à s'engager politiquement de la façon la plus claire qui soit.

Mais qu'est donc le "vrai" travail ?

- Celui des 650 accidents mortels, des 4.500 mutilés du travail ? Celui des heures supp' impayées ? 

- Celui des maladies professionnelles, amiante, TMS, surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées. 

- Celui des 150.000 accidents cardiaques et 100.000 accidents vasculaires/an dont environ 40% liés au travail ? 

- Celui des milliers d’ouvriers désamianteurs qu'il laisse en ce moment mourir sans protection par refus d'un moratoire ? 

- Celui des mini-jobs, des stages, des emplois saisonniers atypiques, des intérims et CDD répétés ? 

- Celui des millions de travailleurs pauvres qui n'arrivent pas à vivre avec leurs salaires ? 

- Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ? 

- Celui des jeunes à 25% au chômage et à 80% en CDD ? 

- Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits et sans papiers par les esclavagistes et marchands de sommeil ? 

- Celui des seniors licenciés, 2/3 a partir de 55 ans qui ne peuvent cotiser que 35 annuités quand il en faut 42 pour une retraite décente ? 

- Celui des restaurateurs dont 1/4 (!) utilise des clandestins, non déclarés dans les arrière-cuisines ? 

- Celui des agriculteurs qui tuent des inspecteurs du travail pour abuser d'immigrés clandestins ? 

- Celui des cadres de Bouygues, appelés «viande» ? 

- Celui des dizaines de suicidés à France Télécom (entre autres) ? 

- Celui des travaux les plus durs les plus mal payés : bâtiment, restauration, nettoyage, transports, entretien, industries... ? 

- Celui des 900.000 foutus dehors par «rupture conventionnelle» de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ? 

- Celui des auto-entrepreneurs, 1 million en théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme autant de faux salariés, à bas prix et sans protection sociale ? 

- Celui des actionnaires, des rentiers, des riches, des banksters du Fouquet's qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ? 


Le Premier Mai, depuis qu'il existe, a toujours été un jour éminemment politique, quoi qu'en dise l'actuel locataire de l'Élysée baignant dans son inculture habituelle, une partie de son gouvernement, une partie de l'UMP, et la presque totalité de ses fans au temps de cerveau toujours très disponible. C'est le jour, notamment, de la visibilité des organisations syndicales représentatives des travailleurs, donc des "corps intermédiaires", qu'il faudrait aujourd'hui supprimer, comme il y a quelques temps il fallait supprimer les juges.

A sa façon, le Premier Mai est symbolique d'une part de notre "identité nationale", disons plutôt de notre Histoire commune, puisqu'il est aussi l'écho du Front Populaire de 1936, du CNR de 1944-1945, des Accords de Grenelle de 1968, des lois Auroux de 1981-1982, des lois Jospin-Aubry de 1997-2001, et de tous leurs acquis sociaux, conquis souvent de haute lutte.

Je dois donc aujourd'hui me ranger, et ce à mon corps défendant, du côté du "faux' travail. Je pense que tout ceci est anecdotique et passager, et qu'il n'en restera pas grand chose, notamment dans les urnes le 6 mai 2012. Pour autant, il faudra bien en effacer les stigmates, car il reste toujours quelque chose de la détestation, de la tentative sans cesse réitérée de meurtrir la concorde nationale.