Je veux rester complexe et complexé !

Lambda ComplexJe veux rester complexe et complexé !

Jésus Christ, Louis XI, Jeanne D'Arc, Cimabue, Giotto, Montaigne, La Boétie, Bach, Léonard De Vinci, Albrecht Dürer, Shakespeare, Molière, Mozart, Napoléon, Cambacérès, Chateaubriand, Alexandre Dumas, Honoré de Balzac, Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Maïakovski, Edgar Allan Poe, Lilian Gish, Ernst Lubitsch, Greta Garbo, Le Douanier Rousseau, Jean Renoir, Marcel Carné, Albert Camus, Joseph Mankievicz, Orson Welles, Albert Einstein, Marilyn Monroe, Winston Churchill, Alan Turing, Violette Leduc, Jean Genet, Yasunari Kawabata, Pär Lagerkvist, Bourvil, Roland Barthes, Jacques Derrida, Hubert Reeves, Barbara, Patrick Modiano, Daniel Darc, Stromae, etc… chacun pouvant, et même devant, retrouver en soi tous les complexés qui l'ont aidé à se construire.

Le génie humain s'est presque toujours exprimé par la voix, le pinceau, la plume, le regard de grands COMPLEXÉS.

D'aucuns, à des fins de propagande, confondent "courageux" et "décomplexé". Grave confusion sémantique. Il n'y a rien de courageux à dire que les musulmans sont des terroristes, que les femmes sont de seconde catégorie, que les Roms sont des voleurs de poules, que les homosexuels sont des pédophiles et des zoophiles, etc... Désigner des boucs-émissaire, ça n'est jamais faire acte de courage, c'est même l'opposé, à savoir consubstantiel de la lâcheté.

D'évidence, le précédent quinquennat, dans les mots comme dans les gestes, aura été dramatique. Les discours de Dakar puis de Grenoble, les fameux "la racaille nettoyée au Kärcher" et "casse-toi, pov' con", entre autres, auront "libéré" le lien nécessaire d'une règle générale nécessaire au vivre ensemble : la politesse, la nuance, la réserve, la correction, la bienveillance... tout ce que l'on peut résumer par le pilier républicain suivant : la Fraternité. Il fut suggéré que la Fraternité était encombrante et gênante.

Rappelez-vous : il fallait ainsi, je cite, "SUPPRIMER" les juges, des fonctionnaires, des immigrés, des prostitués, les musulmans, le consentement à l'impôt, les jeunes de banlieue, les parisiens, les énarques, les technocrates, les salariés syndiqués (mais pas le patronat syndiqué)… rappelant qu'il s'agit là de catégories de personnes (rien de moins !)... pour ne laisser la place qu'à des "huées fanatiques", pour reprendre le propos de Jean Jaurès.

Ces huées fanatiques, depuis longtemps considérées comme inacceptables à cause de ce qu'elles ont engendré, n'étaient donc pas acceptées. Pour répouver avec vigueur cette intransigeance devant l'inacceptable, furent inventées les ignobles expressions "pensée unique" "bien pensance" et "politiquement correct" qu'on vous jetait à la gueule dès qu'il vous fallait rappeler que le racisme, la xénophobie, la misogynie et l'anti-féminisme, l'homophobie, l'islamophobie, etc... étaient autant de haines et d'incitations à la haine totalement en dehors de notre pacte républicain. La Fraternité était devenue l' "assistanat".

Droite décomplexée

Un mot d'ordre, "soyez décomplexé" - parce que la vulgarité n'y suffisait pas - délétère voire mortifère, a libéré l'expression de la parole, la déshabillant de toute rigueur intellectuelle, de toute réserve, de toute nuance, pour mieux laisser filer le fiel, la haine, pour mieux flouer aux pied la Fraternité, dans une perpétuelle désignation de boucs émissaires, pour le plus grand contentement d'une "opinion publique" pour le moins moutonnière.

Il a fallu, après l'avoir théorisé, oragniser ce "décomplexé". Ce fut, entre autres, le dextre débat sur l' "identité nationale", dont le site officiel, abominable, a été contraint de censurer près de 50% des contributions. La moitié des contributions supprimée, d'une main gouvernementale pourtant fort complaisante avec tous les excès. C'est dire jusqu'où c'est allé.

Une censure légitime, qui a auguré la création de "réseaux sociaux" et de "plateformes" nouveaux, où l'insulte allait, et continue d'aller bon train : Fdesouche, RiposteLaïque, RenouveauFrançais, PrintempsFrançais, Manif pour Tous... toute cette nébuleuse organisée en satellites de Novopress, le regrettable medium en ligne créé par Patrick Buisson (qui sévissait auparavant à "Munute"), dont nous sommes peu à mesurer la puissance et la nuisance, alors que mot d'ordre y est donné de recopier ses éléments de langage, d'abord sur FaceBook et Tweeter, ensuite sur tous les forums des grands media. Pourtant, chacun sait que le triumvirat Buisson/Mignon/Peltier était au coeur de l'Élysée, au plus près du prédécesseur de François Hollande, comme chacun sait que Buisson n'est jamais loin derrière Jean-FrançoisCopé, pour protéger ses inénarrables pains au chocolat. Il ne fallait pas être très clairvoyant pour entrevoir jusqu'où irait la dérive.

Dès son énonciation, il était évident que le "décomplexé", parce qu'il est toujours aisé à certains d'être vulgaires et haineux, allait continuer, dériver, jusqu'à échouer avec une incroyable violence sur la Garde des Sceaux Christiane Taubira, parce qu'elle a porté le mariage pour tous, parce qu'elle porte la réforme pénale, et... parce qu'elle est noire.

Fiers de la vitrine - parfois complaisante - que leur accorde les media, les décomplexés polluent tout : chaque intervention du Président, chaque parole de Christiane Taubira, chaque intervention de Najat Vallaud-Belkacem, chaque mouvement de lutte de salariés ou de chômeurs mécontents et/ou dans le désarroi, les Bonnets Rouges (pourris dès le commencement par la FNSEA, la FNTR, la Manif pour Tous, le FN...), la cérémonie d'hommage à tous les morts pour la France du 11 novembre, et ça va continuer, toujours les mains plus sales, jusqu'à une nausée toujours plus insupportable.

On peut et on doit critiquer, râler, s'opposer, manifester ! Mais il ne saurait être question de le faire en se laissant gangrener par ceux qui se prétendent "décomplexés" parce qu'il n'osent pas s'affirmer contre la démocratie et anti-républicains, peut-être pas qu'il ne l'ont même pas compris, qu'ils ne le savent même pas. 

Il est plus que jamais de la responsabilité de chacun de refuser catégoriquement d'être décomplexé, donc simpliste, et de se revendiiquer, parce qu'il est Homme, "complexe et complexé", d'avoir pour points d'ancrage des hommes et des femmes, lointains comme prochains, qui eux aussi furent complexes et complexés, ce qui précisément a permis, permet, et permettra toujours d'exprimer le génie français.