Yossi

Yossi sans Jagger.

Yossi (Ohad Knoller) vit seul sa trentaine à Tel Aviv, assumant mal sa sexualité, trouvant dans son métier de cardiologue à l'hôpital, auprès de ses amis et collègues Moti (Lior Ashkenazi) et Nina (Ola Schur Selekar), une échappatoire à ses déboires amoureux depuis la mort de son grand amour, Jagger.

Lors d’un voyage dans le sud du pays, il rencontre un groupe de jeunes militaires et, parmi eux, Tom (Oz Zehavi) un jeune homme qui va peut-être lui faire retrouver le goût de vivre...

Voilà dix ans que je suis de près la carrière du jeune réalisateur israélien Eytan Fox, puisque son film "Yossi et Jagger", une histoire d'amour homosexuel au coeur de l'armée israélienne, m'avait beaucoup plu. Depuis lors, j'ai vu "The Bubble" et "Tu marcheras sur l'eau", tous deux excellents. Et j'attendais avec impatience la sortie de "Yossi", qui fait donc suite, dix ans plus tard, à "Yossi et Jagger" (que j'ai pris le temps de revoir hier en DVD).

Pour la bande originale, Eytan Fox a fait appel à Keren Ann. Déjà en 2003 dans "The Bubble", il avait emprunté deux morceaux à la chanteuse. Dans "Yossi", elle fait même une apparition puisque l’une des scènes est tournée pendant l’un de ses concerts, et l'on assiste ainsi à l'un des très beaux moments du film.

Pour ce long métrage, le réalisateur, sur une idée venue de questions que lui posaient ses étudiants à propos du devenir de son personnage, reprend donc le personnage de Yossi et cette fois encore c’est l’acteur Ohad Knoller (toujours excellent, comme dans "Yossi et Jagger" et "The Bubble") qui lui prête ses traits. Le réalisateur raconte : "Avec Ohad, après avoir hésité à nous lancer dans ce projet, nous avons pris conscience de la force du lien qui nous unissait à ce personnage. Nous l’imaginions dans un mauvais pas, et nous avons voulu l’aider à en sortir."

Ohad Knoller et Oz Zehavi

Le conflit entre la mélancolie de Yossi (Ohad Knoller, à gauche sur la photographie) et l'irrépressible vitalité de la jeunesse incarnée par Tom (Oz Zehavi, à droite sur la photographie) imprègne toute la matière visuelle du film, des couleurs à l'organisation géométrique des plans, et Eytan Fox propose là un travail admirable. Et lentement, le film se meut d'un deuil qui n'en finit pas à histoire d'amour lumineuse entre deux hommes qu'a priori tout oppose.

Fidèle à ses thématiques favorites, la société israélienne, la guerre, l'armée, l'homosexualité, la mort, le deuil... Eytan Fox propose cette fois-ci un film plus apaisé, moins polémique et nous livre un film tout en émotion sur le deuil, l'acceptation de soi, le bonheur que l'on reconquiert. C'est aussi un film sur le chemin du deuil, qui prend le temps de dire le manque et le temps qui passe. Et le temps qui passe - et qui outrage - reste selon moi une des plus belle thématiques du cinéma.

"Yossi" nous raconte, lentement, avec une extrême délicatesse, une sorte de retour à la vie, et peut-être aussi, au bonheur. Un geste de cinéma lumineux, dont la poignante générosité s'accompagne d'un optimisme que souvent seule la jeunesse porte en elle.

Je manque peut-être d'objectivité devant ce film, parce que je suis resté particulièrement attaché à "Yossi et Jagger", pour de multiples raisons personnelles, comme au cheminement de Yossi. Pour autant, je pense qu'il est justifié de le conseiller très vivement.