Le Monde de Charlie

Sortir de l'adolescence.

Au lycée où il vient d’arriver en seconde, on trouve Charlie (Logan Lerman, au jeu très subtil) un peu bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un "loser". Pour ses parents, son frère et sa soeur, c'est un adolescent "problématique".

En attendant, il reste en marge, jusqu’au jour où deux élèves de terminale, eux aussi "marginaux", Patrick (Ezra Miller, qui livre ici une interprétation formidable) et la jolie Sam (Emma Watson, très sensible, et enfin sortie de son rôle de Hermione dans la saga "harry Potter"), le prennent sous leur aile.

Grâce à eux et à leurs quelques amis, il va découvrir la musique, les fêtes, l'amour, un peu la drogue, le sexe… pour Charlie, c'est un nouveau monde qui s’offre à lui.

Sûrement pour ne pas être déçu par le résultat final, l'auteur-scénariste-réalisateur Stephen Chbosky a choisi la meilleure solution : adapter lui-même son propre roman. A l'origine, "Le Monde de Charlie" est en effet un livre publié en 1999, et qui a rencontré un certain succès. Avant la réalisation de ce premier film, il a surtout travaillé comme scénariste, notamment pour la série "Jericho". Bien que le film ne le mentionne pas de façon explicite, l'action se déroule durant l'année scolaire 1991-1992, comme dans le livre original, ce fait peut être vérifié via la mode vestimentaire, la technologie (mais pas la musique : David Bowie, The Smiths, entre autres) utilisées dans le film.

Watson-Lerman-Miller

A mon sens, le réalisateur fait un pari osé : comment proposer une chronique de l'adolescence, du passage à l'âge adulte, à partir du portrait de trois lycéens archétypiques (l'adolescent timide et trop interverti incarné par Logan Lerman, au milieu ; la jeune fille à la mauvaise réputation, Emma Watson à gauche ; le jeune homosexuel, Ezra Miller à droite), sans tomber dans des clichés vus des dizaines de film au cinéma, ni dans la sensiblerie assimilable à la guimauve : pari plutôt réussi ! Cette chronique mordante est une pure réussite d'intelligence et de justesse par sa façon de montrer sans concession la cruauté de ces années formatrices, et le film dépeint avec tact les blessures superficielles autant que les souffrances profondes de l'adolescence. Et se débarrasse de toutes ses postures pour toucher le coeur des spectateurs.

Le Monde de Charlie - Amis

Quelques sourires éclatants, des répliques futées, des reprises théâtrales du "Rocky Horror Picture Show", une interprétation parfaite (mention spéciale à Ezra Miller, déjà vu, notamment l'an dernier dans "Another Happy Day" de Sam Levinson et le sublime "We need to talk about Kevin" de Lynn Ramsay face à la toujours géniale Tilda Swinton) ou une belle virée en voiture sur les accords du "Heroes" de David Bowie... 

Ce film vaut beaucoup mieux que les habituels récits initiatiques et leur ribambelle de clichés, et c'est même, selon moi, l'un des films les plus justes sur l'adolescence sortis ces dernières années.