Renoir

Après Auguste viendra Jean...

1915. Sur la Côte d’Azur.

Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir (Michel Bouquet, parfait) est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean (Vincent Rottiers, toujours parfait) est blessé… Mais une jeune fille, Andrée Heuscling (Christa Théret), apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence.

Lorsque Jean, revenu blessé de la guerre, vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre à son tour, fasciné, celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Et dans cet éden Méditerranéen, Jean, malgré l’opposition ronchonne du vieux peintre, va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un apprenti cinéaste…

Je connais le travail de Gilles Bourdos, mais je reconnais avoir vu ses films, non sur son nom, mais sur celui de ses interprètes : "Disparus" en 1998 évec Grégoire Colin (que j'aime beaucoup) et Anouk Grinberg, "Insuiétudes" en 2004 encore avec Grégoire Colin, "Et après" en 2007 avec Romain Duris et John Malkovich. Et pour "Renoir", ce sont bien les noms de Michel Bouquet et de Vincent Rottiers qui m'ont attirés. 

On devine aisément les références de Gilles Bourdos pour ce qui est de filmer l'acte de peindre : il a évidemment pensé à la démarche de deux cinéastes : Vincente Minnelli pour son "La vie passionnée de Van Gogh" en 1956, et Maurice Pialat pour son "Van Gogh" en 1991. Comme eux, il cite frontalement les situation dépeintes dans les tableaux par la mise en scène, et choisit de montrer le peintre au travail sans pour autant citer des œuvres de Renoir.

Il faut noter que toutes les peintures présentes dans "Renoir" ont été réalisées par Guy Ribes, célèbre faussaire qui imitait le style des grands maîtres de la peinture comme Chagall, Picasso ou Matisse... et fut condamné en 2004 à trois ans de prison et contacté par le réalisateur à sa libération.

Gilles Bourdos redonne vie à Auguste et à Jean Renoir. Michel Bouquet crée un personnage qui se place au point de rencontre du modèle et de l'interprète, de même que le président qu'il incarna dans "Le Promeneur du Champ-de-Mars" devait au moins autant à Bouquet qu'à Mitterrand.

C'est avec un brio qui allie intelligence et sensualité que le cinéaste multiplie les mouvements de caméra, que leur élégance et leur fluidité rendent presque invisibles. Ainsi "Renoir" est-il un film sur la beauté ensorcelante des paysages du sud de la France, écrasés de soleil ou bleutés par les ombres au crépuscule. Ce "Renoir" servi par la lumière de Mark Ping Bing Lee, qui créa les atmosphères de "In the Mood for Love", n'est pas académique, mais classique, rugueux, ce qu'il faut.

Dans un portrait tout en nuances qui n'efface pas les côtés désagréables du personnage, Michel Bouquet donne une image saisissante d'un vieil homme qui, malgré son grand âge, continue à peindre pour se perfectionner encore, et le visage mangé par une barbe de patriarche est tout simplement admirable face au Jean élégant et fragile de Vincent Rottiers, qui demeure incontestablement l'un des acteurs les plus "puissants" de sa génération. Toute la distribution est excellente : Christa Théret (lumineuse en Andrée Heuschling), Thomas Doret (épatant en Coco Renoir), Sylviane Goudal (la Grande Louise), Solène Rigot (Madeline), Romane Bohringer (Gabrielle)

Amours, déchirements, beauté picturale et horreurs de la guerre sont abordés avec sensibilité dans ce très beau portrait de la famille Renoir, proposant en plus un travail passionnant sur la "rivalité créatrice" entre le vieil Auguste et le jeune Jean. Loin du "biopic" terne et ronflant, Gilles Bourdos signe un épisode biographique lumineux et passionné.