Elefante Blanco

Au plus près des dépossédés.

Le "bidonville de la Vierge" dans la banlieue de Buenos Aires en Argentine. Julian (Ricardo Darin) et Nicolas (Jérémie Rénier) , deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population.

Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d'un hôpital. Nicolas le rejoint après l'échec d'un projet qu'il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana (Gusman), une jeune assistante sociale, athée et séduisante.

Alors que la foi de Nicolas s'ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l'arrêt des travaux pour l'hôpital, c'est l'étincelle qui met le feu aux poudres...

Pablo Trapero est un cinéaste argentin engagé socialement. Ses films dépeignent souvent les conditions difficiles des laissés pour compte en Argentine comme dans "Mundo Grua" ou "Leonera" (superbe !). Nous lui devons aussi "Voyage en Famille" en 2003, "Nacido y criado" en 2006 et "Carancho" en 2010. "Elefante Blanco" présente la façon dont les prêtres interviennent dans les bidonvilles pour venir en aide à ces populations vivant dans une insalubrité constante : "Le film ne présente pas seulement la situation actuelle du quartier, mais également les générations qui s’y succèdent, incapables de partir, ainsi que ces prêtres qui les aident comme ils le peuvent", explique le réalisateur. Il a voulu, à travers ce film, rendre hommage à toutes ces personnes qui oeuvrent au quotidien afin de lutter contre l'exclusion sociale et les inégalités : "Un film qui présente des prêtres engagés parle en fait de personnes engagées. "Elefante Blanco" nous donne à voir des gens qui se battent au quotidien pour essayer de changer les choses, au moins dans ces quartiers. Dans le film, on découvre le travail de Nicolas et Julián, les deux prêtres, mais également l’action de Luciana et du groupe de travail qui les accompagne. De nombreuses personnes oeuvrent anonymement, chaque jour, pour résoudre les difficultés du quotidien", confie le cinéaste.

Rénier et Ricardo Darin

Outre pour ce qu'il raconte, le film vaut parce qu'il s'appuie sur un trio d'acteurs excellents. Tout d'abord, Jérémie Rénier, qui, on le sait depuis déjà longtemps, peut tout jouer. Ensuite le magnifique Ricardo Darin que j'avais découvert en 2001 dans "Les Neuf Reines" de Fabian Bielinsky et "Le Fils de la mariée" de Juan José Campanella, puis revu dans l'excellent "XXY" de Lucia Puenzo en 2007 dans un rôle bouleversant de père (à voir absolument !), "Terra" de Walter Salles en 2009, "Dans ses yeux" de Juan José Campanella en 2009, "Carancho" de Pablo Trapero en 2010. Il est assez hallucinant qu'il n'ait pas déjà eu, semble-t-il, l'occasion d'entamer une carrière internationale. Enfin, la très jolie MMartina Gusman, l'actrice fétiche de Pablo Trapero, qui est pratiquement au générique de chacun de ses films.

Rénier et Martina Gusman

Que manque-t-il, à ce très bon film, pour être immense ? Pas grand chose... peut-être un peu de mystère. "Elefante blanco" est stylistiquement carré, politiquement (trop ?) nuancé, mais sans réelle surprise. Pablo Trapero continue de gratter les plaies de son pays, parfois avec une maestria qui lui nuit peut-être. Toutefois, c'est un parti pris assumé de ma part, le sujet du film prévaut. Je m'explique : trop peu de films regardent du côté des "dépossédés" (je préfère la notion de "dépossédé" à la notion de "déshérité", pour d'évidentes raisons de pertinence politique) de ce monde, sans imposer un regard misérabiliste. En ce sons, "Elefante Blanco" est "un film coup de poing" d'un point de vue politique, économique et social.

Une version périurbaine de l'enfer, que le réalisateur filme entre documentaire et ferveur romanesque. Ce mélange singulier fait - le temps d'un travelling virtuose dans le dédale des baraquements - coexister le suspense et l'émotion. J'aurais aimé davantage de spontanéité, voire même de crudité, dans le traitement d'un sujet aussi délicat en lieu et place d'un superbe formalisme, certes étonnant, mais peut-être un peu artificiel. Jérémie Rénier traversant le bidonville avec une brouette contenant un enfant mort, ça n'a rien de superficiel.

C'est une fresque humaniste, tendue et palpitante, que signe le cinéaste argentin Pablo Trapero, une fois de plus témoin de son époque. "Elefante Blanco" est un film sous haute tension, violent et émouvant, au coeur de la misère, porté par les excellents Jérémie Rénier (décidément beau à faire pâlir), ricardo Darin et Martina Gusman.