Metro Manila

Le rêve d'une vie meilleure...

Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez (Kake Macapagal, formidable, et aussi producteur du film) sa femme Mai (Althea Vega), sa fille aînée Angel (Erin Panlilio) et sa petite dernière quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s'installer dans la ville de Metro Manila.

Proies idéales dans cette ville impitoyable, Oscar et Mai vont devoir tout risquer pour survivre, lui jusqu'à accepter le boulot terriblement dangereux de convoyeur de fonds grâce à l'énigmatique Ong (John Arcila) marié à la charmante Dora (Ana Abad-Santos) mais qui la trompe ; elle jusqu'à devenir danseuse-aguicheuse dans un bar mal famé.

Le réalisateur Sean Ellis ne m'est pas inconnu (il est un photographe de formation et a collaboré avec David Lynch pour la publication d'une série de photographies de mode. Il a également travaillé dans la musique et la publicité, avant de se lancer dans le cinéma), puisqu'il a réalisé "Left Turn", "Cashback", "Voyages d'Affaires", The Broken", "Flashbacks of a Fool". Il considère son film "Cashback" (2006) comme autobiographique tandis que "The Broken" (2008) relève davantage de l'exercice de style. "Metro Manila" semble à part. Il confie : "Avec "Metro Manila" je suis devenu le réalisateur que je voulais être. Je cherchais un sujet qui me passionne et l’histoire [du film] est une histoire que je trouve particulièrement forte. "Metro Manila" est une sorte d’accomplissement, il m’a fallu trois longs métrages pour y parvenir !".

Sean Ellis s'est rendu à Manille en 2008 où il a assisté à une rixe d'une très grande violence, en pleine rue, entre deux convoyeurs de fonds. Obsédé par cette scène, il désirait comprendre les raisons de cette dispute. C'est ainsi qu'est née son envie de raconter une histoire se déroulant là-bas : "Au cours des mois qui ont suivi, j’ai commencé à écrire un traitement, convaincu que je reviendrais tourner très vite. J’ai rapidement cherché des financements, persuadé que je pouvais faire ce film pour presque rien. Mais il s’avère que peu de gens sont prêts à financer un film qui coûte moins d’un million de dollars."

Sean Ellis s'est inspiré de "Training Day" d'Antoine Fuqua. Il souhaitait établir entre Oscar et Ong le même type de relation entretenue par les personnages interprétés par Ethan Hawke et Denzel Washington. En outre, beaucoup de scènes de ce film culte se passent dans une voiture, comme dans "Metro Manila" : "Ces scènes donnent un rythme particulier au film, et cela nous a influencés en partie dans la manière dont le film est construit", explique le réalisateur.

Jake Macapagal

Althea Vaga

La grande qualité de "Metro Manila" tient notamment à ceci : maintenir personnages et spectateurs dans une dynamique de strangulation aussi efficace narrativement que pertinente dans le tableau que le film brosse de la précarité au quotidien. Jake Macapagal (voir photographie à gauche) et Althea Vaga (voir photographie de droite), les deux acteurs principaux, illuminent de leur grâce un scénario angoissant, plus sombre qu’un mélo d’Eugène Sue.

Au final, "Metro Manila" se révèle être un magnifique film d’amour, un superbe cri de désespoir doublé d’une vision furieusement pessimiste de l’avenir de toute une population, finalement condamnée d’avance sur l’autel de l’inégalité sociale. Ce drame bouleversant utilise à la perfection les codes et le rythme du thriller, jusqu’à un suspense brillant.

Entre suspense à vriller les tripes et flambées d'émotion, l'incandescence du résultat fait figure de révélation. Un thriller réaliste, nerveux et tendu qui est assurément LA petite perle noire à découvrir cet été.

N'hésitez pas une seconde : courrez-y avant que Hollywood n'en fasse un inévitable remake !