Manifeste Convivialiste

Déclaration d'Interdépendance.

Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire. Et urgent. Mais selon quels principes et quels contours l’organiser ? Ce ne sont pas tant les propositions et les solutions qui manquent, techniques, économiques, écologiques etc., que le pavillon commun sous lequel toutes les initiatives, toutes les inventivités qui se déploient à travers le monde, pourront trouver et penser leur unité relative, et que l’explicitation de la philosophie politique minimale commune qui les inspire . 
Une philosophie politique qui aura pour tâche de dire comment les hommes peuvent vivre ensemble en s’opposant sans se massacrer, et de faire reposer l’adhésion à la démocratie sur autre chose que la perspective d’une croissance indéfinie, désormais à la fois économiquement introuvable et écologiquement insoutenable. Une philosophie politique du vivre ensemble (con-vivialiste, donc). C’est pour aller dans le sens de cette explicitation qu’une cinquantaine d’intellectuels et militants, auteurs de nombreux ouvrages qui dessinent des alternatives possibles, ont décidé de confronter leurs analyses en mettant au second plan leurs divergences. 
Ce manifeste, qui est le résultat de près de deux ans de discussions entre eux, fixe les principes généraux sur lesquels ils se sont accordés, et qui leur paraissent appropriables et enrichissables par tous.

Se basant sur la notion de vivre ensemble, l’anthropologue Alain Caillé lance un concept et espère un mouvement politique et intellectuel planétaire.

Dans la kyrielle de micro-mouvements politiques et intellectuels (et de son vaste cimetière des idées généreuses) tournant autour de l’idée d’une autre gauche, moins productiviste, plus durable et plus humaine,il faudra compter à partir du 13 juin, jour de sa publication, avec le "Manifeste convivialiste". Inspiré dans sa courte facture par le Indignez vous (Indigène Edition, 2010) de Stéphane Hessel et dans son ambition conceptuelle par La Voie d’Edgar Morin (Fayard, 2010), travaillé par l’espérance d’en faire lui aussi un succès d’influence, le sociologue et anthropologue Alain Caillé (1944) lance manifeste et mouvement basés sur la notion de "convivialisme". Qu’est-ce à dire ? Les lecteurs de ce spécialiste de Mauss et du don ont pu avoir l’occasion de rencontrer ce terme dans un opuscule au titre idoine : "Convivialisme" (Le Bord de l’eau, 2011). Il s’agit de rechercher dans un projet éminemment politique ce qui permet "la valorisation de la relation et de la coopération, mais aussi "de s’opposer sans se massacrer" et de "prendre soin des autres et de la Nature".

A quoi pourrait donc ressembler une société convivialiste ?
"La société saine est celle qui sait faire droit au désir de reconnaissance de tous, et à la part de rivalité, d’aspiration au dépassement permanent de soi et d’ouverture au risque qu’il recèle, en empêchant, qu’il ne se transforme, qu’il ne se transforme en démesure, en hubris, et en favorisant, au contraire, l’ouverture coopérative à autrui, évoque Caillé dans le manifeste. Elle sait faire place à la diversité des individus, des groupes, des peuples, des Etats et des nations en s’assurant que la pluralité ne se transforme pas en guerre de tous contre tous. En un mot, il nous faut faire du conflit une force de vie et non de mort." Le pari du convivialisme se loge dans cette ambition : " un fondement durable, à la fois éthique, économique, écologique et politique à l’existence commune" car " ce n’est pas la même chose d’apprendre à vivre ensemble, en reconnaissant les identités et les différences non meurtrières, à quelques uns, ou à des millions ou des milliards."

Dans les années 60, Edgar Morin, d’ailleurs signataire du manifeste, avait forgé le terme de "combibentalité" (boire et penser en groupe), plus sobre et beaucoup moins folichon mais pas moins ambitieux, Alain Caillé a convoqué des intellectuels du monde entier pour élaborer un art de vivre ensemble (con-vivere). Le casting signataire de ce Manifeste convivialiste est plutôt ambitieux et intérnational. Un site des convivialistes vient d’être lancé, une importante réunion internationale est prévue pour la rentrée d’automne. Les Français rassemblent des personnalités de l’économie sociale, des médias, de l’université et du pouvoir intellectuel tels que Claude Alphandéry, Barbara Cassin, Yann Moulier-Boutang, Fabienne Brugère, Philippe Chanial, Philippe Frémeaux, Denis Clerc, Patrick Viveret, Dominique Méda, Gus Massiah, Hervé Kempf, Jean-Pierre Dupuy, Jean-Baptiste de Foucauld ou Jean Gadrey. Se dénombrent aussi des signataires du convivialisme en Algérie, Italie, Brésil, Canada, Etats-Unis, Royaume-Uni, Israël, Japon et Chine. L’avenir dira vite si le concept de "convivialisme" peut connaître des traductions planétaires.

"Manifeste Convivialiste. Déclaration d'interdépendance" - Collectif - Éditions Le Bord de l'Eau
48 pages - 5€ - ISBN : 978-2-35687-251-7
Le site du mouvement : http://lesconvivialistes.fr/