Sorbonne - Salle des Thèses

Une soutenance de thèse de doctorat particulièrement émouvante...

Nous tous qui ne sommes pas "docteurs" imaginons difficilement la difficulté qu'il y a à préparer sa thèse de doctorat, la difficulté à voir paraître les fruits de sa recherche, l'âpreté qu'il y a à faire accepter un exposé dans une conférence internationale, le temps qui s'accélère à l'approche de la soutenance, la énième relecture de son PowerPoint, les dix virifications du diaporama, puis l'état émotionnel durant ces 45 minutes fatidiques qui concentrent trois années de travail, puis la pression des questions qui s'ensuivent, enfin le soulagement lorsque le jury prononce son verdict.

Ces quelques lignes, même si elles étaient écrites par un "docteur", ne sauraient décrire ce cheminement, cette pression.

Ce vendredi après-midi, exceptionnellement, je quitte tôt le travail, non pas pour aller rue de Lille où est l'Inalco, mais pour me rendre à la Salle des Thèses de la Sorbonne. La salle est très impressionnante, solennelle. Il va y avoir du "beau monde". Des enseignants-chercheurs, des chercheurs, pour certains venus d'Iran et d'Égypte, des doctorants. Je me sens tout petit, je ne connais pratiquement personne.

Alors certes, "mon" beau Darius a déjà son doctorat de "Langues et Littératures Arabes", mais d'une part je sais que c'est le fruit de ses recherches en "Mondes iranien et indien" (c'est comme ça que ça s'appelle) qui lui tient le plus à coeur, d'autre part que l'émotion est aussi vive que la première fois.

J'ai "vécu" d'autres soutenances de thèse de doctorat (ou HDR), parfois particulières pour des raison amicales, mais là, moi aussi, comme si j'allais moi-même soutenir, je suis très tendu. Si je ne me retenais pas, je m'accrocherais, je me pendrais à Lothaire... Et tout passe vite, la pression est tombée tout d'un coup, Hebus s'exprime bien, sa scansion est presque psalmodique et envoûtante lorsqu'il récite un poème en persan illustant une estampe érotique. Je crois qu'il ma regardé.

Quelques questions, une en français, deux en persan, et le jury se retire pour délibérer. Pas longtemps. Voilà, Hebus est re-docteur, avec les félicitations du jury. Il remercie, ses directeurs de thèse, les directeurs de musée qui lui ont donné accès à leurs archives, sa famille (tous en Amérique du Sud, sauf Lothaire), ses amis et moi. L'assistance applaudit. Son poste de Maître de Conférence l'attend déjà en juin.

Buffet Abû Nûwas

Plus qu'à filer me changer puisqu'il a réservé une table dans un restaurant iranien, pour son jury de thèse, deux aniciens professeurs, Lothaire et moi, dans le XVème arrondissement.

C'est un peu comme pour le jour de l'an : un très grand buffet. C'est un buffet "Abû Nuwâs", du nom de ce poète que j'ai évoqué ici plusieurs fois.

Comme on le voit sur la photographie, il y a une multitude de plats, et il est difficile de chosir : tout fait envie. Chacun remplit ses petites assiettes, à la façon d'un mazze (c'est ainsi qu'on dit en persan, ça signifie "saveur"), de mezza arabe, de mézé grec, de meze turc, de mezzé libanais... Je me jette sur les habituels tabboulé, hommous, feuilles de vignes farcies, kebbé, baba-ghannouj, chich taouketc...mais je m'aventure aussi vers le le sawda nayé (foie d'agneau cru) et vers les sanesil (moelle épinière d'agneau) 

Nous rions en sirotant un peu d'arak (et du vin aussi), ça parle français, arabe, persan, anglais.

C'est à la fois repus et légers que nous rentrons rue de l'Université, vers minuit, Hebus, Lothaire et moi. Pour une fois, je ne vais pas avoir besoin de somnifère pour m'endormir. La nuit sera bonne. Je suis calme comme un axolotl, et gai comme un pinson.

Fenetre Mosaique

Je me réveille tôt, juste à l'aurore. Je sors du lit. Je file prendre ma douche pour être pimpant. J'aime m'asseoir sur le rebord de fenêtre en mosaïque dans le petit vestibule entre la chambre et la salle de bain. C'est si beau.

J'ignore pourquoi, en regardanr par la fenêtre, je me souviens tout d'un coup que nous sommes le 31 août. Cela fait donc un an jour pour jour que j'ai vu "La Vierge, les Coptes, et moi" de Namir Abdel Messeeh au MK2 Hautefeuille.

Cela fait donc un an jour pour jour que mon Prince Perse m'a abordé pour la première fois, à la sortie d'un film, sous un temps automnal et une averse, et qu'il m'a invité à déjeûner, comme ça, directement, sans chichis.

Un an. Une troisième année de thèse de doctorat. Un an ! Beaucoup plus que ce que je n'aurais osé espérer.