Inside Llewyn Davis

Magnifique looser !

Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village à New York en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu'un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu'il se crée lui-même.

Il ne survit que grâce à l'aide que lui apportent des amis, notammant Jean et Jim Berkley (Carey Mulligan et Justin Timberlake) et Mitch et Lilian Gorfein (Ethan Pillips et Robin Bartlett), ou même des inconnus. Il accepte de jouer dans des petits clubs, des petites séances d'enregistrment comme guitariste avec son ami Jim, mais aussi Johnny Five (Garrett Hedlund) et Al Cody (Adam Driver). Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent, en compagnie de Johnny Five et de Bud Grossman (John Goodman) jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman (F. Murray Abraham), avant de retourner là d'où il vient.

Pourra-t-il continuer sa carrière musicale alors qu'il entend Bob Dylan, ou devra-t-il renoncer à ses rêves ?

Oscar Isaac
Oscar Isaac et son chat
Oscar Isaac fumant

J'ai été très toublé par Oscar Isaac, comédien aux origines multiples, âgé de 33 ans. Bien sûr, parce qu'il est un excellent acteur, issu de la prestigieuse Julliard School de New York, que nous avons découvert peu à peu, dans "Mensonges d'État" de Ridley Scott en 2008, dans "Agoraé de Alejandro Amenabar en 2009, dans le très grand "Drive" de Nicolas Winding Refn (il était l'époux sortant de prison de Carey Mulligan) en 2011, mais pas seulement. Bien sûr parce qu'il interprète magistralement ce Llewyn Davis se débattant dans la difficile vie d'artiste impécunieux, sachant être drôle comme il ne cesse de chercher le chat des Gorfein qu'il a laissé s'échapper par mégarde, sachant nous faire partager ses doutes, ses élans, ses renoncements. Mais pas seulement. Il se trouve que je lui trouve une évidente ressemblance avec mon très cher MisterNo. Je l'ai trouvé tout aussi beau. Oui, cela m'a profondément troublé, ému.

Je ne doute pas - et je suis impatient - qu'il sera excellent dans "The two faces of January" de Hussein Amini où il tient le haut de l'affiche face à Viggo Mortensen, puis dans "Mojave" de William Monahan face à Garrett Hedlund. Bref, vous l'avez compris, je suis sous le charme !

"Inside Llewyn Davis" est très largement inspiré de la vie du chanteur Dave Van Ronk. Chanteur de folk à New-York, le personnage de Llewyn a aussi vécu au sein de la classe ouvrière et navigué entre sa passion et un travail dans la marine marchande. On retrouve d'ailleurs dans le film quelques titres du célèbre chanteur de la scène musicale du Greenwich Village. La pochette du Vinyle de Llewyn Davis dans le film reprend celle de l'album de Dave Van Ronk"Inside Dave Van Ronk" aux détails près que le personnage prenant la pose n'est plus le chanteur Van Ronk mais le comédien Oscar Isaac et que le titre de l'album devient "Inside Llewyn Davis".

Oscar Iaac donne de la voix pour Inside Llewyn Davis puisque c'est lui qui interprète les chansons à l'écran. S'il commence à être connu pour son travail en tant qu'acteur, le Guatémalo-cubano-français chantait et jouait de la guitare dans son groupe "The Blinking Underdogs" avant de se faire repérer sur grand écran.

Derrière Oscar Isaac, qui porte le film, on retrouve la délicate et délicieuse Carey Mulligan, qui décisément dispose d'une très belle palette de jeu ; Justin Timberlake qui sait faire mieux que conquérir le haut de l'affiche des blockbusters hollywoodiens ; John Goodman, toujours excellent, ici en gros producteur désabusé, cynique et morphinomane ; Ethan Phillips et Robin Bartlett, tout en douceur et en bienveillance ; F. Murray Abraham, en producteur froid, presque glacial, dont on sait qu'en unse seule scène il peut faire basculer la carrière de ce pauvre Llewyn Davis.

Carey Mulligan et Justin Timberlake
Oscar Isaac et Justin Timberlake

Dans le rôle de Johnny Five, Garrett Hedlund campe l'antithèse de Llewyn Davis, taiseux, sûr de lui, presque arrogant. Le jeune acteur, estampillé beau-gosse, qui après "Troie" Wolfgang Peterson dans le rôle de Patrocke en 2004 puis  "Sur la route" de Walter Salles dans le double rôle Dean Moriarty/Neal Cassidy en 2012, essaie de conquérir des rôles de plus en plus subtils. Il en aura peut-être l'occasion avec "Mojave" de William Monahan où il fera face, une seconde fois, à Oscar Isaac, puis dans "Akira" de Jaume Collet-Serra dans le rôle de Kaneda, dont je doute qu'il puisse accéder au niveau du Manga, ni même du dessin animé.

Plus intéressant selon moi, on retrouve aussi le jeune Adam Driver dans le rôle d'Al Cody, un acteur qui semble savoir choisir ses rôles : "J. Edgar" de Clint Eastwood, "Lincoln" de Steven Spielberg, et le remarquable "Frances Ha" de Noah Baumbach. Il faudra surveiller de près les quatre films à venir dans lesquels qu'il a déjà tourné.

Les Frères Coen sont de retour avec le portrait drôle et touchant d’un musicien raté. Ils ont le don de faire rire des malheurs de leurs personnages tout en les rendant incroyablement attachants Un exercice de style exceptionnellement maîtrisé. Nocturne, cafardeux, hilarant, musical, "Inside Llewyn Davis", le seizième film de Joel et Ethan Coen, ramène par son thème à leur chef-d'oeuvre dépréssif des années 1990, "Barton Fink". Ils nous offrent un grand film sur les affres d'un artiste sans concessions et... sans carrière. Et révèlent au grand public Oscar Isaac, l'un des meilleurs acteurs de sa génération. 

Ce pessimisme de la seconde chance, de toutes ces opportunités gâchées et déjà enterrées, de cette incapacité à tirer quoi que ce soit de ses propres errements, font d’ "Inside Llewyn Davis" un film authentiquement émouvant.

Selon moi, c'est sans doute le plus beau film que les Frères Coen ont jamais réalisé, même si ce n'est pas celui qui, selon toutes probabilités, reccueillera le plus grand succès. Son Grand Prix au Festival de Cannes 2013 est amplement mérité. Et la nouvelle étoile montante de Hollywood, ce pourrait bien être le superbe Oscar Isaac.