Rêves d'or

La bête inhumaine...

Originaires du Guatemala, trois jeunes adolescents âgés d'une quinzaine d'années, Juan (Brandon Lopez), Sara (Karen Martinez) et Samuel (Carlos Chajon) aspirent à une vie meilleure et tentent de se rendre aux États-Unis. Sara doit sacrifier sa chevelure et se bander les seins, pour conserver toutes ses chances de parvenir aux USA sans se faire violer.

Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk (Rodolfo Dominguez), un indien du Chiapas, tout en sagesse et en spiritualité, ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux.

Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité…

"Rêves d'or" est un uppercut cinématographique qui a été présenté au Festival de Cannes 2013, multi-nominé, et reparti avec le très très mérité "Prix un Certain Talent". Quand je dis "uppercut", c'est à dessein, car le film vous sonne, vous colle à votre siège, vous coupe le souffle, vous prend par le col et ne vous lâche plus jusqu'au-delà de sa fin.

Si Rêves d’or est le premier long métrage de Diego Quemada-Diez (un nom à retenir !), il ne constitue pas pour autant sa première expérience cinématographique. Sa carrière a démarré en 1995 alors qu’il était assistant sur "Land and Freedom" de Ken Loach, son maître. Il a ensuite enchainé les collaborations avec d'autres cinéastes célèbres tels qu’ Alejandro Gonzalez Inarritu, Tony Scott, Oliver Stone ou encore Spike Lee. Excusez du peu. En 2006 il réalise "I Want to Be a Pilot", son deuxième court métrage, présenté au Festival de Sundance et mondialement récompensé.

Rêve d'or - Brandon Lopez

Rêves d'or - Karen Martinez

Rêve d'or - Rodolfo Dominguez

Suite à un article sur la ville de Mazatlan (au Mexique) lu en 2003, Diego Quemada-Diez a sauté dans le premier avion pour le Mexique, persuadé d'y trouver une histoire à raconter. Sur place, il a découvert la dure vie des migrants, prêts à tout abandonner pour tenter de rejoindre les Etats-Unis. Bouleversé par ces récits, le réalisateur a alors décidé de collecter pendant plusieurs années les différentes histoires des migrants qui croiseront sa route : "J’ai rencontré des gens merveilleux qui m’ont beaucoup appris, notamment la générosité et la valeur de la fraternité. Je voulais que cette histoire soit vraisemblable tout en ayant une structure dramatique. Je l’ai écrite et réécrite de nombreuses fois. C’est peut-être pour ça que j’ai mis tant de temps à la terminer. Je voulais que le film soit au croisement du documentaire et de la fiction. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je concentre tous les témoignages dans un personnage." En photographie, de gauche à droite, Brandon Lopez (Juan), Karen Martinez (Sara), et Rodolfo Dominguez (Chauk).

Scénarisé à partir de centaines de témoignages, Rêves d’or a été conçu pour se rapprocher le plus possible de la vérité. Le cinéaste considère son œuvre comme "une fiction basée sur la réalité, qui la reconstitue avec une volonté d’authenticité et d’intégrité". Ce film a donc été tourné en Super 16, un format proche du documentaire, mais également plus pratique pour couvrir le périple de ces jeunes héros.

Rêves d'or - derrière la grille

Rêves d'or - sur un train

L’équipe du film a dû emprunter les mêmes chemins que les migrants, car Diego Quemada-Diez souhaitait leur rendre hommage en réalisant le même parcours qu’eux. Pour cette raison, "Rêves d’or" a été tourné dans un ordre chronologique, du Guatemala jusqu’aux Etats-Unis. Étrangement, il y a dans le film, qui traverse tant de paysages que l'on observe des toits des trains, quelque chose qui devrait nous frapper particulièrement, nous les Européens : la quantité impressionnante de ponts traversés, ces ponts si présents sur nos billets, mais que nous ne voyons plus. Ces ponts si "politiques".

"Rêves d'or" est un film important, un de ces films qu'on se félicite d'être allé voir après l'avoir vu ; un film que l'on passera son temps, ensuite, à recommander. Car si ce drame démarre comme beaucoup d’autres sur le sujet, il prend des virages scénaristiques si serrés qu’il nous plaque le visage sur l’insoutenable. Superbement interprété et réalisé, ce premier film assène son réalisme avec la puissance d’un documentaire trempé dans le poison d’une fiction.

Démontrant de manière grandiose qu’il est quasiment impossible de sortir de sa condition première, ce premier long-métrage sans concession est sans aucun doute l’un des coups de poing de l'année. C'est un grand film, à la fois délicat et violent, sur le destin des migrants sud-américains vu par le prisme de l'adolescence. La brutalité et la crudité avec laquelle Diego Quemada-Diez taille dans le vif de ses personnages et de leur épopée donne à son film le contrepoids nécessaire à l’empathie trop émotive qui plombe souvent les projets de ce genre.

Le fatalisme qui tombe sur la dernière partie du film est beau à crever.