Fruitvale Station

Un jeune homme noir meurt sur un quai de métro.

Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco.

Le film raconte les vingt quatre heures qui ont précédé cette rencontre qui causera sa mort.

Oscar est un jeune homme paisible de la communauté noire, employé dans un supermerché, qui vit avec sa compagne Sophina (Melonie Diaz) et leur fille Tatiana (Ariana Neal) dont il est très proche et complice, particulièrement bienveillant avec sa mère Wanda (Octavia Spencer) et sa grand-mère Mamie Bonnie (Marjorie Pears), et qui sort souvent avec sa bande de potes.

Ayant été liciencié à cause de ses retards, il deale un peu d'herbe pour subvenir aux besoins des sien.

Le soir de la Saint Sylveste, il fête l'anniversaire de sa mère Wanda, puis s'en va en métro avec Sophina et ses potes voire le feu d'artifice du Jour de l'An à San Francisco...

Fruitvale Station - Ryan Coogler

"Fruitvale Station" tire son scénario d'un tragique fait divers. Le 1er janvier 2009, Oscar Grant, un jeune afro-américain, est tué par un policier qui, condamné à deux ans de prison, en sortira au bout de 11 mois. C'est le génial Forest Witaker, qui aide beaucoup à financer depuis un certain temps les projets de jeunes réalisateurs qui a permis au film de voir le jour. La maison de production qu’il a créée a contacté le metteur en scène Ryan Coogler (photographie ci-contre) alors que ce dernier était encore étudiant en cinéma. Le réalisateur avait le même âge qu'Oscar Grant et habitait également la baie de San Francisco au moment des faits. Ces similitudes ont touché le jeune cinéaste, mais c’est surtout pour rendre au défunt sa dimension humaine, gommée par les médias, qu'il a décidé de réaliser Fruitvale Station : "Pendant le procès, j'ai vu comment la situation s'est politisée : selon l'appartenance politique des uns et des autres, Oscar était présenté comme un saint qui n'avait rien fait de mal de toute sa vie, ou comme un monstre qui n'avait eu que ce qu'il méritait cette nuit-là. J'ai eu le sentiment que ce phénomène lui faisait perdre son humanité."

Ryan Coogler tenait à tourner la scène dans laquelle Oscar se fait tirer dessus à l’endroit exact de l’accident. Toute l’équipe ne disposait dès lors que de quatre heures par nuit pour filmer dans le métro. Trois jours ont été nécessaires et chaque soir une minute de silence était faite. La bavure policière dont Oscar Grant a été victime s’est déroulée sur les quais. Aussi, de nombreux usagers ont pu filmer l’accident et le mettre en ligne. Reconstituer cette tragédie avec minutie impliquait de regarder en boucle les différentes vidéos présentes sur la toile : "Je ne sais plus combien de fois j'ai vu Oscar se faire tirer dessus. Sous tous les angles. Chaque visionnage vous meurtrit un peu plus", confie le réalisateur.

Fruitvale Station - Jordan Michael B

Fruitvale Station - Michael Jordan

Fruitvale Station - Michael B

Il revient sur le choix de son acteur principal Michael B. Jordan (célèbre notamment pour ses rôles dans "Chronicle" de Josh Trank sorti en 2012 et la série "Friday Night Ligts") : "Avant d'écrire le scénario, je savais déjà que l'acteur principal devrait porter le film sur ses épaules. Il devait posséder une large palette de jeu et beaucoup de charisme. Idéalement, à cause de notre planning de tournage serré, il devait avoir une grande expérience. Et puis je voulais un acteur qui ressemble à Oscar. Il y a des photos de lui partout dans la région de la Baie et sur Internet. Il nous fallait quelqu'un avec un beau sourire et un regard magnétique comme Oscar. Et, de préférence, du même âge que lui. Je ne voyais qu'une seule personne capable de répondre à tous ces critères. J’avais pensé à Michael B. Jordan avant même de commencer à écrire le scénario. J'étais très excité à l'idée de pouvoir mettre en valeur son travail dans un rôle principal. Nous l'avons contacté après mon passage au laboratoire de Sundance."
Notons qu'à seulement 26 ans, il a joué dans de très nombreuses séries TV : "Cosby", "Les Soprano", "Les Experts", "FBI : portés disparus", "The Assistants", "Bones", "Lie to me", "New York Section Criminelle", "Dr House"... Nous le retrouverons prochainement aux généreiques de "Hotel Noir" de Sebastian Gutierrez, "Creed" de Ryan Googler, "That Awkward Moment" de Tom Gormican face à Zac Efron, et surtout, dans "Triple Nine" de John Hillcoart avec Casey Affleck, Christoph Waltz, Cate Blanchett... Autant le dire directement, il dispose d'un magnésisme impressionnant, il est très beau, et porte littéralement "Fruitvale Station" sur ses épaules.

Melonie Diaz joue une Sophina à la fois tendre et agaçante, très "terrienne", alors qu'Oscar, et c'est logique compte tenu de son jeune âge, malgré sa paternité, n'est encore qu'un grand adolescent, un "adulescent" comme on dit, qui termine sa maturation. Melonie Diaz, selon moi, n'a plus rien du charme de sa jeunesse, lorsqu'elle jouait dans "Longway Home" de Peter Sollet (2002), le très réussi "Les Seigneurs de Dogtown" de Catherine Hardwicke (2004), "Il était une fois dans le Queens" de Dito Montiel (2006) et "Soyez sympas, rembobinez" de Michel Gondry (2008). Elle surjoue vite le côté capricieux, presque acariâtre de son rôle, rôle pourtant riche d'une belle palette de sentiments.

Fruitvale Station - Octavia Spencer

Fruitvale Station - Spencer Octavia

C'est Octavia Spencer qui incarne Wanda, la mère d'Oscar. Elle a beaucoup joué pour la TV et dans des films assez peu notables. Toutefois, elle figure aux génériques de "Sept Vies" de Gabriele Muccino (2008), "Le Soliste" de Joe Wright (2009), "Jusqu'en enfer" de Sam Raimi (2009), le triomphal "La Couleur des Sentiments" de Tate Taylor (2011), et dernièrement dans un très beau petit rôle du génial "Snowpiercer" de Bong Joon Ho. Nous la retrouverons prochainement dans le nouveau film Tate Taylor, puis face à Kevin Costner dans "Black and White" Mike Binder. Elle campe une Wanda attentionnée, proche des siens, et bouleversante à la fin du film, dans une partition mélodramatique plutôt difficile.

Fruitvale Station - Jordan et Neal

Ariana Neal incarne une adorable Tatiana, et permet à Michael B. Jordan d'étendre sa palette jeu dans des scène de parternité père-fille très réussie. Elle ne jour pas comme un petit prodige, reste gamine, mais attentive, abservatrice, toujours avec douceur.

J'ai beaucoup aimé la prestation de Ahna O'Reilly dans le rôle Katie, une jeune femme qu'a rencontrée Oscar au supermerché au rayon poissenerie (très belle scène), et qui sera celle qui filmera, avec son téléphone portable, la terrible scène de bavure policière sur le quai du métro. Son jeu et discret et délicat, figurant "la blanche" sans préjugés, sans le moindre fond de racisme. Je l'avais remarquée dans "Sans Sarah rien ne va !" de Nicholas Stoller (2008), dans le trop sucré à mon goût "La Couleur des Sentiments" de Tate Taylor, et très récemment dans "As I lay Dying" de James Franco. Elle a cette douceur très particulière qu'on retrouve chez la superbe Jessica Chastain, qui nous change des physiques de bimbo qu'aime tant Hollywood.

Fruivale Station - Metro

Enfin, ce sont Kevin Durand (Officier Caruso), Chad Michael Murray (Officier Ingram, le tireur du coup de feu fatal), et Noah Staggs (Officier Davidson) qui incarnent les difficiles rôles des policiers qui procéderont à des arrestations arbitraires, uniquement d'afro-américains, sur le quai de métro de Fruitvale Station, qui les tabasseront, jusqu'au terrible dénouement... Chad Michael Murray est très populaire pour son rôle dans la série "Les Frères Scott" ainsi que pour sa belle prestation dans "The Lone Ranger" de Jack Bender. Kevin Durand a derrière lui une longue carrière à la télévision et dans des films assez peu remarquables si ce ne sont "3H10 pour Yuma" de James Mangold (2007), "Robin des Bois" de Ridley Scott (2010), "Cosmopolis" de David Cronenberg, mais qui pourrait voir sa carrière décoller un peu avec "Un amour d'hiver" de Akira Goldsman, "Devil's Knot" de Atom Egoyan et "Noe" de Darren Aronofsky qui sortiront prochainement.

"Fruitvale Station" a été présenté au Festival de Cannes 2013, dans le cadre de la section Un Certain Regard. Il avait préalablement remporté le Grand Prix ainsi que le Prix du Public au Festival de Sundance 2013.

"Fruitvale Station" demeure crédible jusqu’à la fin, déchirures et accablements du deuil, grâce à ce traitement profondément humain qui fait résonner une haute expression politique et sociale. Un jeune type comme Oscar ne méritait pas de mourir comme ça, nous dit le réalisateur... Plein d'affection, le propos n'en reste pas moins succinct. 

Je garde toutefois une impression "mi-figue, mi-raisin" devant ce coup d'essai. Les intentions sont indiscutables, assez belles même, parce qu'elles posent la question de l'engagement, du racisme, de la brutalité et de la crudité de la vie, parce qu'elles décrivent une réalité sociale et sociétale très cruelle. En revanche, la démonstration et donc le point de vue posent problème.

"Fruitvale Station" se borne un peu à narrer, certes avec un professionnalisme efficace sur le plan dramaturgique (et les dernières scènes dans le métro sont remarquables de ce point de vue), mais sans vision ni morale, l’avancée vers l’issue connue de tous. Cela m'apparaît d'autant plus flagrand qu'il y a une lecture politique essentielle à faire sur le fond de ce film, lecture qu'avait préfigurée Spike Lee à ses débuts, et qu'ont portée admirablement, à la faveur de la présidence de Barack Obama, entre autres, Quentin Tarantinto avec "Django Unchained", Steve McQueen avec "13 Years a Slave" (bientôt sur les écrans).

Alors je dirais pour conclure que du point de vue des films "Fruitvale Station" est très intéressant, mais que du point de vue du cinéma (c'est à dire en tant qu'art), il est insuffisant. Il n'en reste pas moins que c'est un film salutaire, pour ce qu'il décit, pour ce qu'il dénonce, pour son crescendo dans la scène de métro, pour les prix qu'il a engrangés, et pour la mise en avant de Michael B. Jordan, qui dispose inédniablement d'un très bel avenir s'il fait les bon choix.