Iris Apfel - Bruce Weber

Iris Apfel - en rouge

Leçon de style.

La nonagénaire la plus branchée de la planette enchaîne mondanités, défilés et lancements de collections.

La première fois qu'elle s'est dit "Au secours, je n'ai rien à me mettre", elle avait huit ans.
Aujourd'hui, à 93 ans, son discours n'a pas pris une ride. Avec ses mythiques lunettes XXL et ses tenues époustouflantes, Iris Apfel est devenue, depuis qu'elle a pris sa retraite, "l'oiseau rare" de la mode, référence iconoclaste du New York branché. Et comme toute icône, la voilà courtisée par les plus grands, de Ralph Lauren à Dries Van Noten, en passant par MAC ou Elisabeth Arden, et se fait photographier par Bruce Weber. Après une ligne de maquillage et une collection de bijoux, la nonagénaire la plus branchée de la planète s'apprête à sortir sa deuxième gamme de sacs à main. "Je suis en plein jet-lag", confiait-elle malicieusement de retour d'une grande tournée en Europe. Et je dois défaire mes bagages..." 

Entendez par là le déménagement d'une grande partie de sa garde-robe, soit des valises à perte de vue et une pénombre destinée à ne pas altérer l'éclat de ses robes. "Le monde manque sacrément de glamour et de fantaisie", constate-t-elle, amusée de sa propre audace. Il faut dire que lorsqu'on semble sortir tout droit d'un film de Fellini ou de Luis Buñuel, ce n'est pas l'excentricité qui fait défaut. Originaire du Queens à New York, fille d'un marchand de miroirs et d'une vendeuse de vêtements, Iris Apfel devient très vite une poupée pour sa mère, qui essaie sur elle les dernières tendances.

Iris Apfel - MAC

"Elle m'a tout appris", reconnaît l'excentrique nonagénaire. Et depuis, je me sens nue si je sors de chez moi sans mes innombrables bracelets." Depuis, surtout, elle assiste à la plupart des Fashion Weeks, foule le podium du défilé Joanna Mastroianni, porte des cuissardes en satin rose Yves Saint Laurent, et expose son dressing au Metropolitan Museum of Art. Mariée à l'homme d'affaires Carl Apfel, elle fonde avec lui en 1950 Old World Weavers, une entreprise spécialisée dans la reproduction de tissus anciens, qui devient le fournisseur officiel de la Maison-Blanche. 

Mais baigner dans le grand monde et rouler en Maserati ne lui fait pas perdre pied. Les sacs et chaussures inabordables, très peu pour elle. Ce qu'elle aime par dessus tout, c'est voyager, découvrir les traditions, chinoises, indiennes, les motifs africains, et, bien sûr, chiner du vintage dans les puces du monde entier. Elle craque toujours, n'essaie jamais. "Je suis une vieille ado, confie-t-elle. Si une robe ne me va pas, je n'en fais pas tout un plat. Deux coups de ciseaux et la voilà transformée en coussin !" 

Iris Apfel - AD

Ses lunettes : "Tout le monde pense qu'elles valent une fortune, alors qu'en fait j'achète les montures pour trois fois rien au marché aux puces. Lorsqu'on me demande pourquoi elles sont si grandes, je réponds toujours : Mais pour mieux te voir' !" 

Ses tuniques : "Je les achète dans le monde entier au gré de mes balades. Et la plupart du temps, j'oublie d'où elles viennent. Quoi de plus beau symboliquement que d'assortir un pantalon Christian Dior ou Alexander McQueen avec des bijoux baroques et une tunique brodée au souk ? J'aime porter le muticulturalisme sur moi."

Ses bijoux : "J'en ai des milliers, et souvent au moins dix colliers autour du cou et quinze bracelets sur les poignets. C'est le minimum pour me sentir bien... Il y a ceux du Bhoutan, en ambre et argent, les sautoirs tibétains en corail et turquoise. Mais aussi mes propres créations, et certaines trouvailles en plastique qui me plaisent tout autant."

 © Victoria Gairin - Le Point (juin 2013)

J'ignore ce que vous en penserez, mais pour ce qui me concerne, la voir et l'étendre me rend la vieillesse plus envisageable, plus supportable. "La vieillesse est un nauvrage" n'est pas un adage qui vaut pour tout le monde, si j'en crois l'éternelle adolescente qu'est Iris Apfel.