Diplomatie

Le sort de Paris, la nuit du 24 au 25 août 1944.

Le sort de Paris est entre les mains du Général Dietrich Von Choltitz (Niels Arestrup), Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre de Adolf Hitler, à faire sauter tous les ponts et les principaux monuments la capitale, d'après les plans de Jacques Lavin (Jean-Marc Roubot).

Issu d'une longue lignée de militaires prussiens, le Général n'a jamais eu d'hésitation quand il fallait obéir aux ordres.

C'est tout cela qui préoccupe le Consul suédois Raoul Nordling (André Dussolier) lorsqu'il gravit l'escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l'hôtel Meurice (Avenue de Rivoli, face au Jardin des Tuileries) que toute l'équipe de Von Choltitz, le Capitaine Werner Eber (Burghart Kaussner), le Lieutenant Bressendorf (Robert Stadlober), le Caporal Mayer (Stefan Wilkening), etc qui a pris l'hôtel pour Quartier Génral, sous l'oeil vigilant du Concierge (Charlie Nelson) le complice discret de Raoul Nordling.

Tous les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris, Le Louvre, Notre-Dame, la Tour Eiffel... sont minés et prêts à exploser, et le lieutenant Hegger (Thomas Arnold) n'attend que le coup de fil de Von Choltitz lui en donnant l'ordre pour tout faire dynaminer depuis l'Assemblée Nationale.

Utilisant toutes les armes de la diplomatie, et profitant d'un problème de télécommunication qui empêche Von Choltitz de joindre Hegger au téléphone, le Consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l'ordre de destruction.

À l'occasion de la sortie du film "Michael Kohlhass" de Arnaud des Pallières en mai 2013, j'ai voulu en voir la version qu'en avait faite Volker Schlöndorff en 1969. Et c'est à cette occasion, en fouinant sur internet, que j'avais lu que "Diplomatie" sortirait prochainement sur les écrans. Ce que j'en avais lu avait attisé ma curiosité. Surtout connu pour "Le Tambour" (1979) et "Le Faussaire" (1981) avec Bruno Ganz, il a aussi réalisé, notamment, "Un Crime ordinaire" (1972), "L'Honneur Perdu de Katharina Blum" (1975), "Mort d'un Commis Voyageur (1985), "Le Roi des Aulnes" (1996), "Les Trois Vies de Rita Vogt" (2000), "Ulzhan" (2007).

"Diplomatie" est l'adaptation de la pièce du même nom signée Cyril Gélie. André Dussolier et Niels Arestrup étaient déjà les deux acteurs principaux sur les planches, ils ont joué la pièce plus de 200 fois, c'est donc tout naturellement qu'ils ont repris leurs rôles respectifs. André Dussolier incarnant le consul suédois Raoul Nordling, Niels Arestrup campant le Général Dietrich Von Choltitz.

Le film tire son scénario de faits réels puisque des rencontres se sont effectivement déroulées entre Raoul Nordling et le Général Von Choltitz. Cependant il n'y a actuellement aucune information permettant d'affirmer ce que les deux hommes se sont dit et si Nordling a joué un rôle majeur dans la décision de von Choltitz de ne pas faire sauter Paris. Le film imagine donc ce qui s'est dit entre les deux hommes et ouvre un champ de possibilités sur les scénarios envisageables. Et il ne faut surtout pas faire grief au film de ses inexactitudes historiques, puisqu'il s'agit clairement d'une oeuvre de fiction, où l'action est ramassée le temps d'une nuit.

Les événements ne sont pas sans faire penser au film "Paris brûle-t-il ?" de René Clément (1966). Cependant, le film de Volker Schlöndorff se concentre sur les rencontres entre Norling et Von Choltitz, tandis que le film de René Clément se focalise davantage sur l'histoire des différents protagonistes et leur implication dans les événements en train de se dérouler.

Le film a pour lui d'être un véritable suspense psychologique, remarquablement maîtrisé par Volker Schlöndorff dont le travail de mise en scène est tout simplement magnifique. Il oppose avec une rare intensité deux hommes qui se jaugent en permanence dans un langage très diplomatique, certes, mais jamais déroutant ni ennuyeux. L’adaptation réalisée par le cinéaste, grand francophile, amoureux de cette ville, fascine par la montée en puissance, avec ses creux et ses pics, de ce suspense au bord de l’abîme. Le film atteint une perfection d’équilibre entre les deux personnages qui se font face, se tiennent tête et passent par toutes les phases d’un affrontement. Épatants sur toute la ligne, André Dussollier et Niels Arestrup donnent toute sa force au texte de la pièce de Cyril Gély. Un duo d’acteurs au sommet, des enjeux politiques et humains passionnants.

Alors certes, on n'est quand même pas chez Joseph L. Mankiewicz, mais Volker Schlöndorff a retrouvé sa verve passée, servie par deux acteurs au sommet. "Diplomatie" est un film réussi, un huis clos intense, une savoureuse joute verbale.