Tampopo

L'émancipation d'une femme... devant les fourneaux !

La trame est l'histoire de Tampopo (Nobuko Miyamoto), restauratrice japonaise dont l'établissement attire très peu de clients, récemment veuve, qui tente de trouver la recette de la soupe de nouilles (ramen) ultime, avec l'aide d'une équipe de cinq hommes menée par Goro, un homme mystérieux et solitaire, un routier aux allures de cow-boy, toujours accompagné de son adjoint Gun (Ken Watanabe).

Tous les deux, ils vont tester un très grand nombre de restaurant de nouilles, à la recherche des meilleures recettes, des secrets les mieux gardés, du service le plus sympathique, afin de faire du restaurant de Tampopo un des meilleurs de sa spécialité.

De multiples autres histoires traversent le film, notamment une leçon de dégustation de soupe au porc par un vieux maître gastronomique japonais ; les aventures érotico-alimentaires d'un homme en complet blanc (Koji Yakusho) ; une leçon hilarante sur comment déguster des spaghetti avec les bonnes manières ; l'obsession compulsive d'une vieille dame qui tâte tous les produits dans un supermarché ; le dernier et tragique repas d'une mère de famille ; les déjeuners trop riches d'un vieil homme dont la jeune épouse passe son temps "à la banque" ; un dîner d'affaires japonais où la carte est écrite en français…

C'est ma collègue et amie Christine qui m'a prêté le DVD de "Tampopo", un film qu'elle aime beaucoup, et que je fais désormais mien. Film de Juzo Itami, sorti en 1985, qui bouscule une multitude clichés jusqu'à les renverser, sur un ton drôle et parfois burlesque, qui dresse le portrait d'un Japontout en auto-dérision qu'on voit peu, un film aux références multiples (westerns spaghetti de Sergio Leone, le classique français via "La Belle Équipe" de Julien Duvivier, la Nouvelle Vague française via "À Bout de Souffle" de Jean-Luc Godard, Marco Ferreri via "La Grande Bouffe", Luchino Visconti via Mort à Venise" et via Gustav Mahler, etc...) et servi par une distribution de très haut vol.

Nous devons aussi à Juzo Itami un autre excellent film sorti en 1987, "Marusa no onna", servi par le même couple d'acteurs, Nobuko Miyamoto et Tsutomu Yamazaki, film qui en son temps fit le plein de prix et d'éloges. 

Si le film fonctionne si bien, c'est d'abord par son scénario ciselé, son parti-pris parfois carrément loufoque, ses dialogues vifs, sa mise en scène impeccable, son abondance de personnages secondaires truculents, mais pas que. Car dans le fond, le film en appelle à des "valeurs" tout à fait essencielles : le féminisme, l'émancipation d'une femme, la fraternité, la solidarité.

Tampopo - Nobuko Miyamoto

Tampopo - Tsutomu Yamazaki

Tampopo - Yamazaki et Watanabe

Impossible de passer sous silence la distribution. Sublime Nabuko Miyamoto (à gauche) qui accepte d'être Tampopo, cette femme ordinaire animée par la soif d'apprendre la gastronomie avec un allant à toute épreuve (neuf film sous la houlette de Juzo Itami au compteur !) ; Tsutomu Yamazaki (au centre) qui campe un Goro tout en second degré de haute voltige avec son habit de cow-boy, et se la jouant Charles Bronson (il a joué dans "Barberousse" et Kagemusha de Akira Kurosawa, "Les Prisonniers du Paradis" de Takashi Miike, "Go" de Isao Yukisada, "Space Battleship" de Takashi Yamazaki...); Ken Watanabe (au bout à droite) qui incarne un Gun ingénu, voire naïf, voyant presque en Tampopo et Goro des parents de substitution dont il accepte de tout apprendre (il est internationalement connu pour avoir joué dans "Le Dernier Samouraï" de Edward Zwick, "Batman Begins" de Christopher Nolan, "Mémoire d'une Geisha" de Rob Marshall, "Lettre l'Iwo Jima" de Clint Eastwook, "Inception" de Christopher Nolan...) ; etc...

Tampopo - toute l'équipe

Vous ne verrez pas passer ces deux heures, vous rirez, vous serez touché et même ému, vous suivrez l'émancipation de Tampopo avec intérêt, vous verrez se concrétiser l'amitié de cette équipe de cinq hommes aux caractères disparates au service de cette émancipation avec plaisir, et qui se délectent d'une parfaite soupe finale... 

Merci Christine, moi qui tenais à ne pas trop sortir ce week-end pour des raisons sanitaires (rhume, fatigue, fièvre, toux, pollution...), j'ai trouvé là une compensation délicieuse, un enchantement délicieux, des rires en saccades, des sujets qui me sont chers...

Un film aussi délicieux qu'une ramen de chez Hokkaïdo en somme !