Nebraska

Étrange retour vers ses "racines"...

Woody Grant (Buce Dern, impérial) est marié depuis des décennies avec Kate (June Squibb, hilarante), dont il a eu deux fils, Ross (Bob Odenkirk) et Grant (Will Forte), le premier rangé du vôté des "winners", le second parmi les "loosers". Il vit au coeur de l'Amérique profonde. C'est un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, et qui cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain (avec lequel il ne souhaite que s'acher un van neuf), à pied puisqu'il ne peut plus conduire.

Un de ses deux fils, Grant, qui cède toujours à son affection pour son père, se décide finalement à conduire son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s'avère être le lieu où le père a grandi. C'est ici que tout dérape...

Je continue, tant bien que mal, de rettraper mon retard en termes de chroniques de films, depuis nulle part, quelque part entre Paris et Marseille... 

J'aime le cinéma d'Alexander Payne parce qu'il ose dresser le portrait, souvent cocasse, d'étasuniens "lambda", loins des clichés et des tumultes des grandes métropoles. Nous lui devons "Monsieur Schmidt" (2002) avec Jack Nicholson et Katy Bates, l'excellent "Sideways" (2004) avec l'admirable Paul Giamatti, et "Tes Descendants" (2011) avec un George Clooney dans un très beau rôle de père, inattendu, loin de ses habituelles prestation.

Ici, dans un noir et blanc très doux, il nous embarque dans un road-movie, au cours duquel un vieux père facétieux et bourru, au soir de sa vie, "rencontre" enfin son fils cadet, sous les yeux de son épouse, toujours très vive et piquante.

L'idée superbe est de traîter cette chronique familiale "hors la maison", ce qui conduit à des rencontres, des confidences, des souvenirs, des fâcheries, des plaisanteries qu'on ne fait généralement à la maison. C'est une comédie superbe, où l'on retrouve l'impérial Bruce Dern tantôt attachant tantôt agaçant ; où l'on se plie de rire devant les diatribes crues de June Squibb, où l'on s'émeut devant Will Forte et Bob Odenkirk redécouvrant leurs parents et réinventant leur fraternité...

Traitée sur le ton de la comédie douce-amère, cette chronique propose de fouiller des thématiques universelles, qui sous le sceau du rire, vous piquent au coeur. Certaines scènes (dans une vieille grange, au siège de la loterie, au cimetière, au volant d'une voiture neuve...) susciteront en vous des émotions très variées, depuis le rire jusqu'à la plus douce tendresse, en passant par un agcement grinçant, parce que Alexander Payne filme la vie et les hommes tels qu'ils sont.

À voir absolument ! C'est magnifique, hors, au propre comme au figuré, de tous les sentiers battus.