Mots - Vocabulaire

Mal pensé, mal dit. Et inversement !

Voilà longtemps qu'en termes d'informations, d'actualités, à la télvision surtout, mais aussi à la radio et sur internet, que je m'interroge - avec beaucoup d'autres - sur les mots et les expression qui sont utilisés, tant par les politiques que par les journalistes. 

Il y a quelques jours, j'ai eu le plaisir d'écouter une chronique à la radio, à propos de la libération des quatre otages en Syrie. Et le chroniqueur de revenir ce que signifie "prise d'otage", et ce que cela peut représenter pour les concernés, en termes de souffrance, de choc, de conséquences sur leur vie au quotidien après leur libération. Jusque là me direz-vous, il n'y a rien de particulièrement nouveau. Sauf que le chroniqueur revient sur l'expression-même "prise d'otage", pour en regretter l'utilisation dès que certains travailleurs (cheminots, routiers, taxis...) font grève. Oui, c'est pénible d'avoir à rester sur le quai ou d'être bloqué dans le trafic et les bouchons, mais qui pourrait soutenir que cela équivaut à une "prise d'otage" ?
Voilà l'exemple type d'une expression galvaudée, évidemment pour déligitimer l'action des grévistes (après, on peut quand même toujours en discuter, approuver ou réprouver, sans user et abuser d'une expression aussi extrême), en les assimilant aux vrais preneurs d'otages, qu'il soient au large de la Somalie, au Niger, au Mali, en Syrie ou ailleurs. Et qu'un journaliste, devant un politique ou un citoyen, ne sache pas revenir sur la signification exacte d'une prise d'otage, c'est déplorable.

Dans le même ordre d'idées, nous avons depuis des lustre la regrettable utilisation du vocabulaire médical. Chacun se souvient du fameux "sida mental" ou du "cancer de la République". Je n'ai rien contre les métaphores, mais celles-ci sont inappropriées. D'une part parce cela, en son temps et peut-être jusqu'à aujourd'hui, a banalisé la gravité de l'état de santé d'un sidéen et des conséquences de sa maladie sur sa vie au quotidien, comme cela a banalisé le cancer, qui, qu'on le veuille ou non, outre ses conséquences strictement sanitaires, présente des conséquences sociales, en termes de travail comme en termes d'isolement, d'ostracisation, voire de rejet, même si peu à peu de réels efforts pédagogiques semblent être faits. Probablement parce que ces politiques et ces journalistes, eux-aussi, ont un proche malade. Ce ne sont là que des exemples circonscrits, mais je devrais évoquer aussi tout ce qui se rapproche à la psychiatrie, ou folie, débilité, démence, schizophrénie... fourmillent.

C'est sans compter, au quotidien, toutes les métaphores liées aux catastrophes naturelles. Ne comptez sur aucun politique ni aucun journaliste pour prendre simplement le temps de dire "toutes proportions gardées", dès lors qu'il use et abuse de temblement de terre, plaie, ouragan, tsunami... Pourquoi relativiseraient-ils ? Non, le moindre soubresaut politique, le moindre sondage, puisqu'il s'agit semble-t-il actuellement de ne causer que du FN et de son succès annoncé aux élections européennes après son immense succès aux dernières élections municipales (11 communes sur 36.000 presque toujours à la faveur de triangulaires) parce qu'il fait de l'audimat. Comme il est désormais interdit d'oser dire que les électeurs FN se trompent (et la porosité UMP/FN ourdie par la Droite Forte porte ici une part de responsabilité), et de rappeler que voter FN est dangereux. On annonce un tsunami électoral (et pourtant Fukushima devrait calmer les ardeurs à utiliser le mo tsunami) pour mieux s'autoriser à le nourrir pendant 6 semaines... Nous devons réutiliser, plutôt que ces mots pervers, recouvrer l'usage, lorsqu'il le faut, de drame, de tragédie... Cela ne nous renvoie pas à la mère nature, mais à l'âme humaine, et c'est beaucoup plus approprié.

Pourtant, lorsqu'on écoute et lit attentivement, à propos de ces élections européennes à venir, ce que préconisent, d'un côté le PPE, de l'autre le PSE, il n'y a pas photo. Je souscris pleinement au large évantail politique présenté, et j'y souscrirai toujours, mais de là à regarder d'un bon oeil un PPE qui lorgne vers toutes les extrêmes droite de l'UE... Déserrer l'étau de la BCE et de la Commission, dévaluer l'€ de 10% parce qu'il est trop fort, ce n'est pas rien en termes de conséquences sur la vie des gens. Considérer que les dépenses de recherche et d'éducation soient de l'investissement et pas du fonctionnement, ça n'est pas rien non plus (ça fait pratiquement sauter le dogme des 3% en France !). On peut toujours déplorer le fait que l'UE soit contrainte - jusqu'ici - d'osciller entre le centre droit et le centre gauche, mais de là à dérouler le tapis rouge à tous les partis "populistes de droite" de l'UE (cela a été très bien explicité dans "28 Minutes" sur Arte), il y a de la marge. Et plus globalement, considérer que le verdict des sondages (qui ne sont que des sondages, qui doivent être pris avec des pincettes, et qu'il faut tout faire pour les faire mentir) est déjà acquis, au lieu de tout organiser pour les invalider, c'est du grand n'importe quoi. Il faut prendre acte du fait que la télévision est encore et toujours la plus grande prescriptrice de vote, et qu'on ne peut pas compter (jusqu'à ce jour en tout cas) sur les journalistes pour inviter des politiques - parce que les économistes, et les comptables, on en a la nausée - les politiques susceptibles d'initier ce démenti des prédictions sondagiaires, on en reste à temblement de terre, tsunami...

Plus proche de nous peut-être, il y a eu le "Mariage pour Tous" qui est devenu le "Mariage Gay", tandis que la "Manif pour Tous" elle, est bien restée "pour tous". Prenez-moi pour un con ! Et évidemment, le gay est devenu lobby, pédophile, polygame, et même zoophile, tandis qu'une forme précise de famille est devenu "la" famille. Sans que cela n'échauffre réellement grand monde. Pourtant, je parie sur les probables et fâcheuses conséquences de la "Manif pour Tous" (les liens avec l'Opus Dei, Civitas, et plus largement toute la nébuleuse gravitant autour de Novopress), tandis qu'il n'y en aura aucune notoire au "Mariage pour Tous", ni dans la société, ni dans les familles... Pas de conséquences, juste une égalité en droits qui avance...

Mieux encore, le bobo. Ce n'est plus la description d'un sociotype, celui où d'anciens yuppies de la finances des années 1980-1990 ont peu à peu basculé vers des idées moins égoïstes d'existence, plus respectueuses de partages de richesses, de l'environnement, de nourriture qui n'empoisonne pas, etc... Non, le bobo est devenu le récipiendaire de la source de tous les maux, les pires étant la bien-pensance, le politiquement correct, et autres abominations des temps actuels. Et l'électeur d'extrême droite, logiquement, de devenir le seul rebelle de l'ordre établi. On se pince ! Mais c'est bien-sûr, les conséquences de la crise financière de 1929 avec la montée, ô combien grave, ont disparu de l'histoire, et s'y référer pour s'en protéger devient pour les orientateurs d'opinion publique, une stupidité.On se pince encore ! D'autant qu'il faut le rappeler, le bobo est un urbain, bourgeois-bohême par définition, et qu'il est avéré qu'il n'a guère de valeurs bourgeoises, qu'il n'a de bohémien que les voyages qu'il fait pour ses vacances (et à ces deux titres, bien des retraités seraient bien davantage bobo !), qu'il se sédentarise dans des quartier populaires de Paris, voire en banlieue (Montreuil, Saint-Ouen, Saint-Denis, Clichy, Les Lilas, Pantin... pour ce qui concerne Paris). Alors le bobo, outre le fait qu'il est économiquement rare dans le contexte actuel, qu'il ne représente pas une partie si importante que ça de la population, et qu'à ma connaissance être un peu écologiste et consommer bio est tout sauf néfaste, on mesure le poids et la force du dénigrement médiatique, le regrettable "bashing".

Impossible à dissimuler sous le tapis, l'austérité ! Je veux citer en substance Ghislaine Ottenheimer qui résume : "sur 3600 milliards € en trois ans, le gouvernement préconise d'en économiser 50, soit environ 17 par an". Si on regarde les chiffres, on doit raison garder, pour mieux accuser ensuite. Alors, austérité ou rigueur. Si je pense au sort des Grecs, des Espagnols, des Anglais... je dirais davantage rigueur, pour pouvoir la qualifier. Rigueur injuste et violente. Car ce qui importerait, à mon sens, ce serait l'inustice et la violence. D'abord, ce plan d'économies - qui n'est pas celui de Manuel Valls, mais bien celui de François Hollande et de ses équipes, et le coup de l'épouvantail Manuel Valls (que je n'apprécie pas), on ne me le fait pas avaler - oublie ce qui devrait être son préambule : la lutte effective et virulente contre la fraude et l'évasion fiscales, quitte à ne créer "que" 59.000 emplois dans l'éducation pour en consacrer 1000 à cette tâche (en moyenne 10 par département), où il y a tant d'argent à récupérer, puisque selon toutes les études pertinentes, ce sont plus de 50 milliards € annuels qui s'évaporent... Et d'en revenir à l'UE et à l'harmonisation fiscale. Ensuite, ne jamais oublier un principe "socialiste" de base : compenser un plan d'économies avec le plus grand respect pour les minima sociaux et les revenus les plus modestes. Je sais que c'est une absurdité politique, quand toutes les études montrent qu'ils ont déjà, pour beaucoup, migré vers le FN, mais on ne tergiverse pas avec la défense des plus démunis. Celui qui osera m'affirmer qu'il n'y a pas de gaspillage d'argent public en France... Et où sont ces gaspillages ? Partout ! Et rogner partout, on peut se moquer, mais c'est pertinent tant que, encore une fois, on préserve, on protège les plus démunis et les plus modestes, et même qu'on les aide en revalirisant le minimum vieillesse. Même la santé ? Oui, même dans les dépenses de santé, rien qu'en songeant au remboursement de certaines dépenses de cures thermales, au remboursement de certaines dépenses faites à l'étranger sur simple présentation de factures, au remboursement de médicaments prescrits inconsidérément, etc... il y a des économies à faire.

Transformer 22 régions françaises, par voies de fusion, en une douzaine, si c'est l'augure d'économies substantielles, il ne faut pas hésiter ! Jamais les provinces ne disparaîtront, ainsi que je l'ai déjà écrit, et avec ou sans découpage administratif nominatif. Sologne, Cévennes, Berry, Quercy, Gascogne, Armagnac, Artois... toutes ces provinces sont bien vivantes !

Enfin, je tiens à réaffirmer que quels que soient les vilains mots de ceux qui bénéficient d'une large audience médiatique, et fatalement les dramatiques maux qu'ils augurent, il ne faut pas se priver du devoir d'opposition et de contestation. Mais on ne s'oppose ni ne conteste n'importe comment, sur la base d'un simplet suivisme sondagier. Des élections européennes ne sont pas des élections présientielle, législatives, municipales, ni un referendum. L'offre démocratique pourrait nous permettre de réorienter, ou pour le moins d'infléchir la politique de l'UE : c'est une chance qu'il ne faut pas laisser passer ! Car laisser l'UE aux mains d'un PPE qui s'inspire de l'extrême droite, c'est une perspective très ombrageuse. Et si le Front de Gauche se nourrit de certaines préconisations du collectif "Roosevelt 2012", s'il cesse d'admonester le PCF comme lors des élections municipales, et décide d'axer sa campagne électorale sur les risques inconsidérés du fâcheux "Grand Marché Transatlantique" avec les USA qui se dessine en catimini, alors il pourra compter sur moi sans que j'hésite.