Vivre _en théorie_

... et pourquoi pas ?

Si j'en crois les conseils d'ordre sanitaire de mon médecin, je dois me reposer, dormir, faire la grasse matinée, me coucher tôt, manger sainement, etc...

Chiche ! C'est très "théorique", et la pratique souvent diverge, malgré les meilleures intentions, mais le temps d'un week-end, pourquoi ne pas essayer ?

Me voici donc depuis hier matin "en théorie". Un concept que je comprends très bien dans le domaine des idées, mais qui appliqué à la vie courante, m'apparaît trop rigoureux. Mais puisque ce sont les derniers jours de vacances, autant essayer, puisque dès lundi - argh ! - le rythme habituel reprendra, avec certes son lot de bons moments avec ZaZa, Patty, Bernie (non, ça n'est pas leurs vrais noms !) et quelques autres, mais aussi sa vacuité, et parfois de vide intellectuel sidéral, de néant humaniste, etc...

Comme d'habitude, je me suis réveillé avant 7H, tant hier qu'aujourd'hui, mais dans un effort que je ne me croyais pas capable de faire, je suis parvenu à ne pas aller au cinéma à la séance de 9H, mais à celle de 11H, restant un peu au lit. Ce n'est pas désagréable, finalement, de somnoler "en cuiller" dans les bras de mon cher Darius, ravi de ce laisser-aller de ma part, de cette langueur inaccoutumée...

Et de me poser la question : dans la réalité, disons plutôt dans la vie de tous les jours, à notre humble niveau quotidien, comme à un niveau plus large, ne serions-nous pas bien avisés de respecter la "théorie" ? Je pense évidemment aux grandes idéologies qui ont construit - et parfois abîmé, voire démoli - notre monde. Il s'agirait de plier le monde, de le contraindre à respecter les idéaux qui ont été conceptualisés, théorisés. 

Quelques exemples me sont venus à l'esprit : le christianisme, le communisme, la protection de l'environnement, la lutte contre le gaspillage, les impératifs d'égalité, de fraternité et de justice, etc... Des hommes sont capables de théoriser des idéaux, tout à fait applicables, mais il se trouve toujours d'autres hommes, plus "pratiques", pour lutter et fracasser ces idéaux salutaires. Évidemment, toujours pour des raisons d'avidité, de prétendue insécurité, par égoïsme, par simple négation de la nécessiter de partager, de contribuer, de respecter...

Le pratique voue toujours le théorique aux gémonies, le jette de la roche tarpéienne, car il faut s'en débarasser. Car c'est ainsi qu'on se débarasse des idéaux, pour assouvir ses turpitudes.

Chacun l'aura aisément constaté, nul aujourd'hui - ou presque - ne propose de nouvel idéal de vie, qui aurait pour but le contentement et la satisfaction de chacun. L'économique a remplacé le politique. Or l'économie, ça n'est rien moins que du pratique dont le dessein-même est d'échapper aux contraintes de l'idéal. Un ordonnancement précis qui vise à éteindre toutes les volontés que j'ai énoncées plus haut, à savoir l'égalité, le partage, la justice...

On me reprochera, soit d'être un tenant de l'égalitarisme (ce qui est faux), soit de vouloir m'émanciper de la réalité à des fins idéologiques (ce qui est tout aussi faux). Car il faut bien le rappeler quand même, la "réalité" n'est que le fruit de nos constructions et de nos destructions, de la main-mise de la loi des plus forts sur les plus faibles par les possédants qui ne songent toujours qu'à déposséder davantage autrui.

Tous ces "réalistes" n'ont cessé de reprocher - entre autres choses, car ils ont le repoche facile - à l'Inde de laisser perdurer une société de castes, alors qu'eux-mêmes mettent tout en oeuvre pour construire une société de castes mondialisée, uniformisée. De la même façon, ils distordent le concept de liberté, en ne concerservant que celle qu'ils envisage pour eux-mêmes, la liberté du loup dans la bergerie.

Ainsi, au nom de cette distorsion lente qui agit comme un rouleau compresseur, en vient-on à considérer que l'accroissement des inégalités, que les saloperies qu'on nous vend à bouffer, que le pillage des ressources naturelles qui détruisent notre bien commun, que les intrusions dans la vie privée, que le bannissement des lanceurs d'alerte, etc... ne sont que des "fatalités" qui répondent aux nécessités de la réalité.

Voilà le genre de réflexions où me mènent ce petit séjour "en théorie". Et je regrette de ne pas avoir la puissance de réflexion qui permettrait, avec d'autres, de conceptualiser le théorique nouveau - en somme un nouvel idéal - capable de proposer à autrui autre chose qu'un vulgaire suivisme de la lie électorale, jamais aussi jouissante que baignant dans les marigots qui fermentent les extrémismes susceptibles, selon un mensonge de large envergure, de faire face aux dextres réalités actuelles en ne proposant pour réparer le fracassement de nos idéaux, qu'un fracassement encore plus violent, avec moins de partage, moins de fraternité, etc... et l'inévitable désignation de boucs-émissaires, toujours les mêmes.

Chacun qui le peut, devrait s'assujétir à un petit séjour "en théorie". Pour démonter celles qui ne tiennent pas, l'ultra-libéralisme, la haine d'autrui (choisis ton ennemi : l'étranger, le voyou, le prisonnier, le juge, le fonctionnaire, le pédé, le syndicaliste... la liste est large), et apprendre à soutenir les plus impératives.