Jean XXIII

Pourquoi les obscurantistes de Civitas, Opus Dei, Manif pour Tous... n'ont rien compris.

« Chers Fils, j’entends vos voix. Je n’ai quant à moi qu’une voix, mais elle récapitule toutes les voix du monde. Ici le monde entier est représenté. On dirait que la lune elle-même est venue en hâte, ce soir, pour regarder ce spectacle, que la basilique Saint-Pierre, qui pourtant a quatre siècles d’histoire, n’avait jamais pu contempler.

Ma personne n’a aucune importance, ce n’est qu’un frère qui vous parle, devenu Père par la volonté de Notre Seigneur. Tous ensemble, fraternellement, par la grâce de Dieu, honorons la grandeur de cette soirée.
Que nos sentiments soient toujours comme nous les exprimons en ce moment, devant le ciel comme devant la terre : foi, espérance, charité, amour de Dieu, amour des frères…

En rentrant chez vous, vous trouverez vos enfants, faites-leur une caresse, et dites-leur : ‘C’est la caresse du Pape.’ Vous trouverez quelques larmes à essuyer…. Dites une parole de bonté : ‘La Pape est avec nous, tout spécialement pendant les heures de tristesse et d’amertume.’ »

Voilà donc le petit discours que prononça le Pape Jean XXIII le jour d'ouverture du concile Vatican II, dit "Discours de la lune". 

Aujourd'hui, "le monde entier" ( ! ) a les yeux tournés vers Rome, où deux Papes vivants, Benoît XVI et François I, vont canoniser deux Papes morts, Jean XXIII et Jean-Paul II, le premier étant un grand réformateur, le second un réactionnaire qui a néanmoins la faveur de l'opinion publique, notamment grâce à son talent de grand communiquant. 

D'entrée, Jean XXIII précise qu'il n'exlut personne ("toutes les voix du monde"), ce que s'acharnent à nier catégoriquement tous les obscurantistes habituels que j'ai précédemment cités. Et je ne rêve pas, sont bien prononcés les mots et expressions "tous ensemble", "fraternellement", "charité", "amour des frères". Par ailleurs, je ne lis pas, ni de perçois entre les lignes, que dans "nos enfants" il faille envisager de faire des distinctions.

Évidemment, on peut déplorer qu'il ne soit pas question de frères ET de soeurs, de fils ET de filles, mais notons toutefois que le discours date de 1962, époque reculée où on ne prenait pas le soin de d'utiliser la rhétorique aujurd'hui admise, pas plus le Pape que les politiques, que les citoyens ordinaires.

Il me semble, qu'à l'heure de cette double canonisation, il serait nécessaire, voire essentiel, de préciser que Jean XXIII en son temps, comme François I aujourd'hui, comptent (et compteront toujours) de virulents adversaires parmi les chrétiens, en raison même de leur acception plus "libertaire" des Évangiles. Ce silence des media a vocation à recouvrir d'un beau voile d'hypocrisie la pseudo-unité affichée.

Quel que soit le mécontentement que cela pourrait susciter - un mécontentement qui se ferait bien silencieux - il conviendrait d'affirmer ou de réaffirmer que dans ses propos, Jean XXIII n'a exclu aucun juif, aucun musulman, aucun Rom, aucun prostitué, aucun homosexuel, aucune forme de famille... et que c'est mensonge que de le prétendre.

J'entendais hier à la radio cette phrase, presque monstrueuse à mes oreilles : "il y a même des chrétiens de gauche !". Je suis bien davantage panthéiste et païen que pétri de religiosité, mais je m'autorise à dire : "il y a d'abord des chrétiens de gauche". Le reste du troupeau ne constitue qu'une foule d'hypocrites qui ont distordu, distordent encore, et distordront toujours, l'esprit des Évangiles et de la parole du Christ.

Et si j'étais Pape, c'est à la Fête de l'Humanité que je canoniserais Jean XXIII, tandis que j'aurais balayé d'un simple revers de main le "santo subito" réclamé pour Jean-Paul II, ce dernier étant canonisé pour des raisons politiques (chute de l'URSS principalement) bien plus que de sainteté.