Broc terre cuite

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Petit à petit, l'état de sidération laissant la place à une forme de mélancolie si chère à Albrecht Dürer, les jours reprennent un tour "normal", et je continue.

"Je te continue", comme dit le poète.

Par bonheur, ce cher Adam, après sa grosse semaine de repos à Marseille, et avant son "shooting" de l'été qui devrait lui rapporter un salaire que je ne comprends même pas, est venu prendre de mes nouvelles. C'est tranquille, c'est doux, c'est charnel et fraternel, et on s'amuse toujours autant dans ma bébé-baignoire qui le fait tant rire, un peu comme deux adolescents qui s'éclaboussent dans les vestiaires. 

Nous en rigolions avec mon ami ZaZa TGV : "Tu es veuve, tu reviens sur le marché". Évidemment, il faut avoir la capacité à souscrire à notre forme "originale" d'humour pour comprendre que le propos n'est ni vraiment drôle, ni vraiment cynique. C'est un mécanisme de défense, de lutte même, pour faire front.

La semaine a été tumultueuse, mais comme d'habitude, je regarde le verre à moitié plein. C'est assez facile, parce que le temps se meut en compte à rebours avant les grandes vacances d'été, et outre le fait que j'aime que rien de reste en suspens avant de partir, ces cinq semaines de repos tomberont à pic.

Bon an mal an, entre cabossés et avec quelques autres, cette mécanique de l'humour et de la joie fonctionne, distrait, offre des soupapes essentielles et vitales. Un barbecue chez Miss Patty où l'abondance et la qualité de la nourriture remplace un homme ; une réunion chiante au boulot qu'on finit par prendre un peu "à la légère" malgré la gravité du propos devant notre attachement au Service Public ; le Pot de Départ de notre amie Bernie tout en émotions ; la brillante réussite des filles de notre amie la Fusée Grecque que nous vivons presque par procuration ; le sourire placide d'un vacataire...

Je vais voir mon film dominical, le très bon "Zero Theorem" de Terry Gilliam, et je rentre tranquillement, en passant par les Puces de Saint-Ouen où je souhaite m'acheter des gourmandises, des Mini-Mars et des Mini-Toblerone (!), en papotant avec Zaza au téléphone, et avant de rentrer pour sortir Adam des bras de Morphée.

Un café, une douche débordante et éclaboussante, du papotage. J'ignore pourquoi, j'évoque le cocktail que nous propose presque toujours Miss Patty lorsqu'elle nous invite, cocktail que j'aime beaucoup, et dont je me méfie toujours, car il a une duplicité des plus malicieuses. Je propose à Adam de lui en préparer un, que nous pourrions partager ce soir avec Lothaire à qui un moment de détente avant son départ pour Buenos Aires ne ferait pas de mal.

- "Quelle cruche ! Je n'ai pas de joli saladier !".
- "Tu n'as qu'à le préparer dans un broc".
- "Un broc ?"
Le mot "broc" me fait marrer, un peu sottement, car c'est aussi ridicule que moi avec mes "souliers" mes "chandails" et les "automobiles".
- "On dit plutôt pichet". J'ai des carafes et des bouteilles, un broc, mais rien susceptible de contenir un tel cocktail, même pour trois.
- "Pichet, c'est moche ! Un broc, une cruche, c'est pareil sauf que c'est plus beau !... On va aller en acheter aux Puces, il y en a toujours !"

Bon, je reviens juste des Puces, mais puisque ça fais plaisir à Adam, je veux bien y retourner.

Et c'est un ainsi qu'Adam m'offre (après en avoir marchandé le prix, ce qui est toujours cocasse) une cruche "grosse comme ton coeur", dans laquelle je vais pouvoir préparer, excusez du peu, des cocktails de cinq litres ! Car ladite cruche est comme moi, elle se pose là !

- "Voilà, comme ça tu es veuve... et fermière".
- "... et alcoolique !" 

CochonPerplexe