T'es où

Géolocalisation.

Il paraît que la question que nous posons le plus par SMS ou sur les réseaux sociaux lorsque nous papotons, c'est "T'es où ?" avant même le fameux "Ça va ?" qui avait un peu le don de nous agacer tous les matins...

Autrement dit, il y a une forme de glissement du qualitatif vers le quantitatif dans nos questionnements, jusque dans nos échanges et les plus anodins. Et l'internet ne s'y est pas trompé en proposant presque partout la géolocalisation.

Ça me rappelle un peu peu le "Surveiller et punir" de Michel Foucault.

Quand nous écoutons et regardons les "informations", presque tout ce qui prévaut est quantitatif. Le PIB, la dette, la règle des 3%, le chômage, le nombre de morts ici ou là, les classements (hôpitaux, top 10, top 100, universités, les impôts, les pauvres, les riches, le pouvoir d'achat, les loyers, le reste à vivre, le prix des fruits et légumes, l'inflation, etc...).

Et pourtant ! Sauf erreur de ma part, dès lors qu'on veut accéder à des informations pertinentes - comme lorsqu'on veut en proposer - on en revient vite au qualificatif. La preuve la plus tangible en est la mode du "selfie", de l'autoportrait, qui propose une image de soi.

Et au-delà de l'anecdote su "selfie" (j'attends les "pussies", les assies", les "dickies" & autres "cockies"... avec des foufounes, des fesses et des zizis !), je me rends bien compte que l'aspect strictement qualitatif tend à vite reprendre le dessus. À titre personnel, souvent et heureusement, nous ne résistons pas à la beauté des arbres au printemps, d'un plat dégusté, des fleurs, etc...

En Ukraine le nombre de chars ne suffit pas, il nous faut comprendre qui sont les pro-Poutine et les tenants de l'intégrité de l'Ukraine ; en Irak il nous faut bien comprendre savoir qui sont les sunnites, les chiites et les chrétiens ; dans le conflit Palestine/Israël le décompte des morts ne nous suffit pas ; dans tous les conflits le nombre des exilés et des réfugiés nous en dit moins que le fait qu'ils crèvent la fin ; dans notre assiette nous devons constater la disparition du goût des denrées alimentaires ; à Paris il nous faut constater l'embourgeoisement général autant que le manque de logements à pris modérés ; etc... Dans ce qui secoue - à juste titre probablement - l'ensemble des média ces jours-ci, ce n'est pas qu'il y ait eu l'exécution filmée et diffusée d'une personne en Irak, mais de comprendre que c'est un journaliste et qu'il est un Étasunien. Le "qualitatif" change tout.

On a beau se féliciter que Paris reste la ville la plus touristique du monde et se désoler du fait que ces touristes dépensent assez peu d'argent, l'important je pense reste que nous ne sommes pas accueillants d'après une étude récemment publiée.

Et tout d'un coup, au détour d'un article ou d'une simple chronique, on apprend que jamais n'ont jamais tant aimé les musées, les expositions, la gastronomie, le jardinage, etc...

Et on aura beau nous géolocaliser, nous vidéo-surveiller, ce qui reste le plus important, ce sont nos "futilités" nos chiffrables, nos regards et nos sourires, nos coups de coeur et nos coups de gueule, bien davantage que le nombre de nos "followers" sur FaceBook, Txitter, Instagram, etc...

Que l'on soit ici ou ailleurs, devant tel ou tel objectif, devant (même à notre insu) telle ou telle caméra, l'essentiel de ce que nous sommes, j'espère, n'est pas quantifiable, et reste difficilement qualifiable...

Nous sommes (presque) tous beaux lorsque nous sommes "ailleurs" !